Marlène TISSOT est venue au monde inopinément. A
cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu'il n'y avait pas de mode d'emploi.
Sait dorénavant que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu'elle a dix-ans-et-demi et
capture des images depuis qu'elle a eu de quoi s'acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais
sait mettre un pied devant l'autre et se brosser les dents. Ecrira un jour l'odyssée du joueur de loto sur
fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l'instant se consacrer à des
sujets un peu moins osés.
Savoir
songer à la mort
juste assez doucement
pour ne plus avoir peur
de la vie
Rien
ne presse
[Photo Marlene T.]
Mardi 15 mai 2012
Se
sentir exister
Parfois il s’agit juste
de voir l’amour briller
dans le regard de l’autre
- n’importe quel autre -
pour se sentir exister
de manière presque
légitime
Happy
[Londres, Photo
Marlene T.]
Lundi 14 mai 2012
Back
Door
Est-ce
qu’il existe
un passage à rebrousse-soi
un moyen de retrouver le chemin
jusqu’à la source de ses rêves
celle d’avant la sécheresse
et la pollution ?
Veilleurs de sommeil
[Londres, Photo Marlene T.]
Samedi 12 mai 2012
Ceux que le temps
n’efface pas
Quand t’es parti j’ai eu envie de tuer la
mort puis lui ouvrir le ventre comme si c'était un loup de conte
pour mômes, te sortir de ses entrailles fumantes et réécrire
l'histoire, y glisser une vie aux yeux doux qui aurait su te séduire
un peu mieux.
[à L.K.]
Falling apart
[Valence Juin 2011, Photo Marlene T.]
Vendredi 11 mai 2012
Paroles sur rue
Glisser
nos mots dans la bouche des murs
Laisser des traces plus vastes que nos voix
Des silences scandés en lettres capitales
[Voir le texte avec l'image sur
FPDV]
Lettre anonyme
[Lyon avril 2012, Photo Marlene T.]
Jeudi 10 mai 2012
Népenthès
Le n°4 de la revue Népenthès vient de
paraitre. 265 pages, format 15×24, 35 auteurs, 80 textes inédits
!
Au sommaire :
Yannick Torlini, Guy Vieilfault, Alexandra Bouge,
Vincent, Olivier Le Lohé, Jean-Marie Louton, Jean-Michel
Lherbier, Olivier Vallecalle, Odile Gattini, Michel Norguin,
Jean Coulombe, Patricia Suescum, Maryvonne Contesse, Rebelle
Cohen, Annie Van de Vyver, Cécile Ambert, Jean-Luc Coudray,
Jonathan Bougard, Henri Cachau, Kamel Rachedi, Paul Jullien,
Emmanuel Pinget, Alexandre Van Buuren, Dusk, Jean Talabot,
Cédric Cagnat, Christophe Esnault, Alexandre Denuy, Lionel
Fondeville, Marlène Tissot, Muriel Couteau, Guillaume Siaudeau,
Aléric de Gans, Aymeric Brun, Jacques Sicard, Sylvain Frezzato,
Marianne Desroziers, Antoine Monat, Bernard J. Lherbier. Tristan
Corbière, Jules Laforgue, Alfred Jarry, Odilon Redon.
Tu cries, tu craches ta
question Pourquoi, mais bordel POURQUOI ça te met dans
cet état de dépenser la moindre somme d’argent ?
J’ai déjà essayé de t’expliquer
La pauvreté, quand elle a mordu dans ta viande un jour,
tu l’oublies jamais
La peur sans cesse de te retrouver de nouveau entre ses dents
Difficile à comprendre si t’as jamais ressenti ça
la faim
le froid
la honte
Ces choses, très fort,
comme des bras serrés autour de ta vie,
empêchant le moindre mouvement,
étouffant chaque rêve.
Et même respirer devient douloureux !
Alors sans doute, c’est
vrai, je t’agace avec mes angoisses et cet argent que je garde
serré au fond des poches comme si ma vie en dépendait. Mais
c’est parce que je surveille le monstre !
Je sais qu’il est là quelque part
planqué dans l’ombre
Je ne l’ai pas oublié
et je sais que lui non plus
ne m’a pas oublié
Après l’hôpital, il y a eu l’été. Et papa a recommencé. Il faisait chaud
et des orages souvent. Un soir où le tonnerre grondait avec rage, j’ai essayé de tuer
papa pour la
première fois. C’était dans le lit, il était étalé là, inerte, il allait
bientôt partir. Chaque fois c’était pareil. Papa restait quelques
minutes allongé, le temps de reprendre son souffle. Alors j’ai serré
son cou. Mes petites mains nouées très fort autour de son gros cou
moite. Au début, il n’a pas bougé, il n’a rien dit. Presque comme s’il
acceptait son châtiment. Il devenait rouge, toujours immobile, ses yeux fermés.
Je serrais de plus en plus. Sa respiration faisait un drôle de
bruit. J’ai cru que j’allais gagner. Un instant seulement j’ai eu
l’espoir que ce serait bientôt fini toute cette histoire. Et puis papa s’est redressé
violemment et m’a giflée. Ensuite, il est parti en trainant ses pantoufles. Je
suis restée dans ma chambre, sans pleurer parce que je ne savais plus
pleurer depuis longtemps.
Après l’hôpital, après l’été plein d’orages, après que j’ai essayé de
tuer papa, maman m’a envoyée en pension. Je me suis longtemps demandé
qui elle cherchait à protéger. Je savais bien que c’était papa, mais je
refusais de me l’avouer. [Mary/Extrait
de "Les voix", roman en cours de tricotage]
It's
time to dive (6)
[Cancale, Photo Marlene T.]
Mardi 8 mai 2012
Ordinary freedom
[Londres, Photo
Marlene T.]
High
Time
[Elliott Smith]
Illusion
S’éprendre d’un personnage de fiction
avec la certitude rassurante
qu’aucune réalité ne viendra troubler l’illusion
Lundi 7 mai 2012
Les
armes
Et les armes,
est-ce que ça change quelque chose
les armes qu’on se fourre dans la bouche
sans jamais avoir tout à fait l’envie d’appuyer sur la détente ?
Le canon qu’on lèche pour sentir le gout froid du métal,
vérifier qu’il n’est ni meilleur ni pire que celui des jours
Parution du n°49 de la belle revue
Intervention à Haute Voix avec au sommaire :
Danielle Allain Guesdon, Laurent
Bayssière, Jean-Louis Bernard, Eliane Biedermann, Ferrucio
Brugnaro, Henri Cachau, Jacques Canut, Marguerite Charbonnier,
Guy Chaty, Japh' Eiios, Gérard Faucheux, Béatrice Gaudy, Cathy
Garcia, Bernard Grasset, Amédée Guillemot, Jean-Michel A.
Hatton, Michel Héroult, Anne Jullien, Alain Lacouchie, Jean-Luc
Le Cleac'h, Gérard Lemaire, Mireille Le Hiboux, Gaétant
Loubignac, Béatrice Machet, Patrice Maltaverne, Fabienne
Moineaud, Lucie Negel, Teresinka Pereira, Patrice Perron,
Mireille Podchlebnik, Jeanpyer Poëls, Alain Quagliarini, Basile
Rouchin, Marlene Tissot, Anne Villaret, Catherine Wolff
Samedi 5 mai 2012
Les choses
invisibles
Je me souviens de ma première communion. J’y comprenais que dalle. Il y
avait Jésus sur sa croix qui semblait regarder loin à travers nous et la
peinture rouge qui s’écaillait sur la blessure de son coeur. Il y avait
maman qui récitait des mots pieux en playback. Il y avait tonton et puis
tata qui n’avait pas encore foutu le camp à l’époque. Elle trimbalait
dans son ventre gigantesque une cousine minuscule. Il y avait ma
prétendue innocence étalée là comme un mensonge crasseux dont personne
ne semblait s’offusquer. Il y avait un Dieu quelque part, bien planqué,
dont on m’avait vanté la toute puissance. J’ai tendu les mains pour
recevoir un morceau de son corps, j’ai bu son sang, mais rien n’a
changé. Je me sentais toujours le même. Les choses invisibles n’avaient
pas de prise sur moi. Tout ça n’était à mes yeux qu’une farce
gigantesque, pas plus réaliste que les histoires dans mes comics
et foutrement moins drôle.
[Franck/Extrait
de "Les voix", roman en cours de tricotage]
Do you believe in
fairy tales ?
[Photo Marlene T.]
Vendredi 4 mai 2012
Dissonance
Parfois, il me semble que je vois mieux
lorsque je ferme les yeux. Mais d’autres fois j’ai des choses
laides et sales et effrayantes sous les paupières et,
étrangement, ça me fait du bien. Comme si j’autorisais un
monstre à vivre dans moi. Comme s’il me laissait le caresser
sans montrer les dents. Et ses grognements rauques seraient un
peu la musique dissonante de tout ce que je ne m’autorise pas à
dire.
[Extrait
de "Les voix", roman en cours de tricotage]
Pas la guerre
[Lyon avril 2012, photo Marlene T.]
Jeudi 3 mai 2012
Des traces de
joie
Les nuits blanches, les malentendus, les
engueulades, les emmerdeurs, les pannes de voitures, les
factures impayées, et puis toutes ces guerres partout, assez
loin pour qu’on s’imagine à l’abri. Toutes ces histoires de
pouvoir, de gloire, d’économie, de religion. Tout le monde veut
encore, veut plus, veut mieux et tout le monde veut avoir
raison. Cacophonie continuelle, quête du dernier mot, de
l’échelon le plus haut, du sourire le plus blanc.
Parfois, je n’en peux plus, je me dis vivement.
Vivement quoi ? La fin ?
Elle viendra, tôt ou tard, cette fin. Chacun y aura droit.
Mais d’ici là, il reste du ciel et de la rosée dans l’herbe, il
reste des musiques qui font chaud dans le ventre, il reste des
regards à savourer, des peaux et des tignasses à caresser, des
bêtes sauvages à cajoler. Il reste à tremper ses mains dans la
lumière et laisser des traces de joie dans la poussière.
Devenir...
[Lyon avril 2012, Photo Marlene T.]
Mercredi 2 mai 2012
Paradoxe corporel
Se
rendre
ne pas se donner mais
se rendre
alors qu'on n'a jamais
appartenu
Ni dieu ni maître
[Grenoble mars 2012, Photo Marlene T.]
Les
revues de printemps
Quelques parutions en revues pour ce mois de
mai naissant et gorgé de soleil !
Tout d'abord dans le beau levain
majestueusement pétri par Rodica Draghincescu :
Levure
Littéraire qui présente son n°5 plus que jamais
international. (à consulter en ligne)
Et également dans la belle et toute nouvelle
revue papier
Cabaret dirigée par Alain Crozier. (Abonnement
10€ les 4 numéros)
Mardi 1er mai 2012
Aujourd'hui, c'est à La Bastidonne que ça se passe !
Lundi 30 avril 2012
You've got the power
Certains croient tirer les ficelles du monde
d’autres jouent à se faire passer pour des pantins
les mensonges des uns et des autres s’emboîtent à la perfection
le pouvoir n’est qu’une illusion
May
the forces be saved
[Graf by Hogre, Photo Marlene T.]
Samedi 28 avril 2012
Une
foule de personnages
Se faire passer pour ce qu’on n’est pas
sans malice
sans réellement mentir
simplement parce que parfois
on ne sait plus démêler le vrai du faux
se défaire des rôles qu’on joue
retrouver dans la foule de personnage
celui qui ressemble le plus au vrai soi
Ce
qu'il y a à l'intérieur
[Londres, photo Marlene T.]
Vendredi 27 avril 2012
La
foule
Parfois, le choix semble facile entre la foule et le silence
mais la solitude n’est pas si paisible qu’on l’imagine
fuir les autres, c’est devoir se faire face
se retrouver en tête à tête avec soi
quand les murs se transforment en miroir
se font l’écho de voix intérieures qu’on voudrait étouffer
il faut s’aimer – au moins un peu – pour rester seul
et c’est sans doute pourquoi souvent je rejoins la foule
j’y plonge pour dissoudre ce que je suis
semer les monstres
m’oublier
Lost
and found
[Paris novembre 2011, Photo Marlene T.]
Jeudi 26 avril 2012
Grenade
Parfois, la vie, je m’y sens comme coincé. Enfermé quelque part, dans
une grande pièce avec des portes partout. Des portes closes et sur
chacune, un petit écriteau indiquant Interdit – Réservé au personnel
– aux usagers – au responsable.
Je n’ai pas le cran de braver l’interdit, forcer le passage, voler une
issue. J’ai trop peur de ce qui pourrait se trouver derrière.
Tout ça c’est la faute de... Non, ce n’est pas vrai!
C’est drôle tu ne trouves pas ?
Il s’agit toujours de chercher – c’est tellement plus facile – quelqu’un
à blâmer. Quelqu’un d’autre que soi, bien entendu.
C’est irritant, je
tourne en rond, je perds espoir, je lutte. Mais contre quoi exactement ?
Il me suffirait sans doute d’oser. Accepter le contact de ma main sur le
métal froid de la poignée de porte. Accepter de m’aventurer en terrain
inconnu.
Mais je reste immobile, à m’imaginer parfois qu’il serait plus facile
d’exploser les murs que de pousser poliment une porte. Je reste immobile
et je me transforme en grenade. Peau d’acier, tête à dégoupiller. Tout
finira par exploser. Tôt ou tard.
[Extrait
de "Les voix", roman en cours de tricotage]
Something bigger than us
[Photo Marlene T.]
Mercredi 25 avril 2012
Amortir la chute
On colle des mots les uns après les autres
pour boucher les silences
camoufler les fissures
on colle des yeux dans des yeux
comme si c’était des fenêtres
chercher à voir à l'intérieur de l’autre
on colle des bouches sur des bouches
pour étouffer les cris
on colmate
on construit sur les sables mouvants
on s’aime en dansant
en déséquilibre
et on espère parfois que l’autre
amortira la chute
La
collec' Emeute
Et voilà !
Tranchés dans le vif, un recueil de
textes sélectionnés dans mon bazar et compilés par Dan
Leutenegger avec en prime une préface signée Aglaé Vadet
et quelques inédits...
L’étreinte des nuages
le chant des baleines de parapluie
le dos rond des frissons sous la caresse du pull
ce petit surplus de douceur qui aide à
franchir les jours de pluie
Peindre des fleurs sur les ruines
[Bretagne, Photo
Marlene T.]
Lundi 23 avril 2012
La matière
Mary dit que je ne sais pas ressentir les choses. Qu’il faudrait que
je laisse vivre les sentiments en moi, que j’arrête de les exterminer.
Mais je ne tue rien, je n’empêche rien. Il y a peut-être eu un défaut de
fabrication. Un vice de forme. En apparence, tout est correct. Mon cœur
fonctionne. C’est un outil parfait. Une mécanique huilée qui pompe et
crache la vie, le sang. Mais pas les sentiments. Ce n’est pas une
matière, le sentiment. Et mon cœur ne comprend que la matière. Est-ce
qu’on apprend à un cœur à fonctionner autrement ?
[Extrait
de "Les voix", roman en cours de tricotage]
I've got
something inside
and that sounds like a clock
[Fred le Chevalier, Paris nov. 2011, Photo Marlene T.]
La
voix
Samedi 14 et 21
avril, j'étais dans les studios de
Radio Méga à Valence pour lire des passages de Mailles à
l'envers. Un petit extrait est en ligne sur le site des
éditions Lunatique. Bientôt d'autres extraits disponibles sur
Mon Nuage. Rediffusion, mardi 24 avril à 9h, de l'émission de samedi
21. Et samedi 28 avril, RDV pour la troisième émission en direct, à
partir de 10h.
Samedi 21 avril 2012
Encre
Prends
garde de ne pas trop
piétiner la pénombre
de ne pas lui laisser le temps
d’infuser son encre à ta route
It's time to dive (5)
[Cancale, photo Marlene T.]
Vendredi 20 avril 2012
Un peu de buée
sur les vitres
Je gratte.
La peinture écaillée sur le bord de la fenêtre.
La poussière sur le dessus-de-lit de cette petite chambre d’hôtel pour
gens pauvres. Pour gens qui se cachent. Pour gens qui ne valent rien.
Je regarde la crasse sous mes ongles et elle me semble bien réelle. Mais
pour le reste, je ne sais plus trop. Je me souviens seulement de
quelques images capturées entre deux battements de paupières. Trois
coquelicots dans un cadre, un lavabo fêlé, une serviette blanche, la
tapisserie vieillotte, ton visage en plan rapproché. Je me souviens du
poids de ton corps sur le mien, ton odeur, ta salive, le gémissement du
lit, nos respirations.
Non, je ne me souviens plus vraiment de tout ça.
Dans la rue, il pleut. Un peu de buée sur les vitres. Je gratte la
peinture écaillée sur le bord de la fenêtre. La poussière sur le
dessus-de-lit. Qu’est-ce que je fais là, déjà ? Seule, adossée à
l’armoire bancale. Tu es sorti pisser. Les toilettes sont sur le palier.
J’entends des portes qui grincent, une chasse d’eau, du bruit dans les
chambres voisines. Tout me semble tellement irréel. Comme si ce n’était
pas moi. Juste un corps dont j’aurais perdu le contrôle.
Je regarde la crasse sous mes ongles. Tu vas me rejoindre dans la
chambre et je vais devoir te sourire, te faire croire que je suis
heureuse d’être là, maintenant, avec toi alors que je ne me souviens
même plus pourquoi ni comment les choses ont commencé. Ma vie s’est mise
à m’échapper. Je ne chercherai pas à la rattraper. Il suffira d’attendre
que tout tombe en morceaux, que les murs cessent d’exister.
It's
time to dive (4)
[St Malo, photo Marlene T.]
Jeudi 19 avril 2012
Origami
L’honnêteté
blanche et lisse
qu’on plie délicatement
pour lui donner une forme nouvelle
ce n’est pas tout à fait un mensonge, n’est-ce pas ?
It's time to dive (3)
[Irlande, Photo Marlene T.]
Mercredi 18 avril 2012
Couper court
L'oubli
est
une petite arme
dangereusement
affutée
It's time to dive (2)
[St Malo, photo Marlene T.]
Mardi 17 avril 2012
Stranger Than Fiction
Les fous
Les fadas
Les différents
Les qu’on regarde de travers
Les qui ne font pas comme tout le monde
Les qui ont des gestes étranges
Les qui empruntent des passages secrets
Les qui peuvent s’allonger dans la neige sans la faire fondre
Les qui existent sans laisser de trace
Les qui habitent à l’intérieur de moi et que je n’ose pas laisser sortir
Les qui finissent par prendre de plus en plus de place
It's time to dive
[Cancale, photo Marlene T.]
Lundi 16 avril 2012
Les dimanches
Il m’arrive d’aller au cimetière en journée. Pour tuer le temps et
l’enterrer. Les choses sont différentes lorsqu’il fait jour. Les morts
ont l’air plus mort. Sans doute à cause des vivants qui les visitent.
C’est le dimanche qu’il y a le plus de monde. Ils viennent en grappes
familiales, après le déjeuner, faire une petite promenade. Ils ont le
pas traînant, un peu lourd. Il y a parfois un reste de tristesse
accrochée à leur regard. Une certaine lassitude. Quelques regrets,
peut-être. Ils bavardent un peu. À voix basse, comme s’il s’agissait de
ne réveiller personne. Ils font une halte devant une pierre, hochent la
tête, ramassent les fleurs sèches. Puis ils repartent en baillant, en se
frottant le ventre, comme si le repas était plus dur à digérer que le
passé ensevelir.
[Extrait
de "Les voix", roman en cours de tricotage]
La
solitude des jours de pluie
[Photo Marlene T.]
Samedi 14 avril 2012
Le
noir au fond des regards
A la moindre remontrance
à peine élève-t-on un peu la voix
quelle que soit la broutille que l’on me reproche
immédiatement, j’ai sept ans
mes fautes deviennent gigantesques
impardonnables
j’ai peur d'être punie
j’ai sept ans de nouveau
et je pleure des rivières, je m’enfuis à la nage
parce que je n’ai simplement pas la force
d’affronter le noir au fond des regards
Fragile inside
[Londres 2010, Photo Marlene T.]
Vendredi 13 avril 2012
Phare intérieur
L’espoir
c’est la lumière
qui sait briller
jusqu'en dessous
des paupières
Je
vois la vie réelle
[Tristan des Limbes, Paris Nov. 2011, photo Marlene T.]
Mercredi 11 avril 2012
Docile
Tu attends là, presque docile, installé dans ta peau comme dans une
petite salle d’attente. Tu t’impatientes un peu, parfois. Tu regardes ta
montre, tu regardes les jours qui coulent comme des grains dans un
sablier. Tu attends là. Comme si quelqu’un allait venir te chercher,
t’appeler par ton prénom, te prévenir que c’est ton tour. Comme si
quelqu’un allait t’annoncer avec un sourire professionnel que ton cœur
et tes dents vont bien, que c’est parfait, tu peux vivre maintenant !
Mais il n’y a ni rendez-vous à prendre ni permission à demander
lorsqu’il s’agit de vivre ! Ouvre les portes, les fenêtres, les bras,
les yeux. Respire l’horizon, embrasse l’aube, bois le ciel et la mer. Va
aussi loin que possible, même immobile. Escalade tes rêves et écoute le
vent. Tu as tellement à faire avant le jour où les oiseaux noirs
viendront te chercher.