This is a cloud of smoke
Trying to occupy space

 

 

I Didn't Understand, Elliott Smith



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Vieilleries

 


 

[L'auteur]

Marlène TISSOT est venue au monde inopinément. A cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu'il n'y avait pas de mode d'emploi. Sait dorénavant que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu'elle a dix-ans-et-demi et capture des images depuis qu'elle a eu de quoi s'acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais sait mettre un pied devant l'autre et se brosser les dents. Ecrira un jour l'odyssée du joueur de loto sur fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l'instant se consacrer à des sujets un peu moins osés.

 


 

[Editions]

 

Mailles à l'envers
Editions Lunatique, collection Romans

 


 

 

Mes pieds nus dans tes vieux sabots bretons, collection 8pA6 de La Vachette Alternative


 

 

Nos parcelles de terrain très très vague, Éditions Asphodèle, Collection Minuscule

 

disponible également via Fnac, Chapitre, Amazon, Place des Libraires
 

 

London Trip Diary, At Home Editions

 


disponible via

 

 

Celui qui préférait respirer le parfum des fleurs, collection 8pA6 de La Vachette Alternative

 

 



 

[Parutions en revue]

 

A la dérive - L'Angoisse - Charogne - Chos'e - Coaltar - Dissonances - Interlope - Interruption - Katapulpe - L'Autobus - Les Cahiers d'Adèle - Levure Littéraire - Mauvaise graine - Microbe - Magnapoets - Népenthès - Nouveaux Délits - Poésie/Première - Revue Squeeze - Traction Brabant - Trace écarT - Le Zaporogue 


 

[Participations]

 

CroutOthon - FPDV - Le Quotidien des Martyrisés - Les 807 -  Les Etats Civils - Les Histoires Noires - OnLit - Sistoeurs.net - Vents Contraires - Vous dites ? 
 



[Email]

 

marlene.tissot@gmail.com
 

[Marlène ailleurs]

 

Sur Flickr
Sur DIYZines
Sur Les Etats Civils
Sur Sistoeurs.net
Sur On Lit
Sur Vents Contraires
Sur Fulgures.com

 


 

[Liens]

 

 


Mercredi 16 mai 2012

Mithridatisé

Savoir songer à la mort
juste assez doucement
pour ne plus avoir peur
de la vie
 

Rien ne presse


[Photo Marlene T.]
 


Mardi 15 mai 2012

Se sentir exister

Parfois il s’agit juste
de voir l’amour briller
dans le regard de l’autre
- n’importe quel autre -
pour se sentir exister
de manière presque
légitime
 

Happy


[Londres, Photo Marlene T.]
 


Lundi 14 mai 2012

Back Door

Est-ce qu’il existe
un passage à rebrousse-soi
un moyen de retrouver le chemin
jusqu’à la source de ses rêves
celle d’avant la sécheresse
et la pollution ?

 

Veilleurs de sommeil


[Londres, Photo Marlene T.]
 


Samedi 12 mai 2012

Ceux que le temps n’efface pas
 

Quand t’es parti j’ai eu envie de tuer la mort puis lui ouvrir le ventre comme si c'était un loup de conte pour mômes, te sortir de ses entrailles fumantes et réécrire l'histoire, y glisser une vie aux yeux doux qui aurait su te séduire un peu mieux. [à L.K.]

 

Falling apart


[Valence Juin 2011, Photo Marlene T.]
 


Vendredi 11 mai 2012

Paroles sur rue

Glisser nos mots dans la bouche des murs
      Laisser des traces plus vastes que nos voix
                Des silences scandés en lettres capitales
                                          [Voir le texte avec l'image sur FPDV]
 

Lettre anonyme


[Lyon avril 2012, Photo Marlene T.]
 


Jeudi 10 mai 2012

Népenthès
 

Le n°4 de la revue Népenthès vient de paraitre. 265 pages, format 15×24, 35 auteurs, 80 textes inédits !

Au sommaire :
Yannick Torlini, Guy Vieilfault, Alexandra Bouge, Vincent, Olivier Le Lohé, Jean-Marie Louton, Jean-Michel Lherbier, Olivier Vallecalle, Odile Gattini, Michel Norguin, Jean Coulombe, Patricia Suescum, Maryvonne Contesse, Rebelle Cohen, Annie Van de Vyver, Cécile Ambert, Jean-Luc Coudray, Jonathan Bougard, Henri Cachau, Kamel Rachedi, Paul Jullien, Emmanuel Pinget, Alexandre Van Buuren, Dusk, Jean Talabot, Cédric Cagnat, Christophe Esnault, Alexandre Denuy, Lionel Fondeville, Marlène Tissot, Muriel Couteau, Guillaume Siaudeau, Aléric de Gans, Aymeric Brun, Jacques Sicard, Sylvain Frezzato, Marianne Desroziers, Antoine Monat, Bernard J. Lherbier. Tristan Corbière, Jules Laforgue, Alfred Jarry, Odilon Redon.

Plus d'infos ICI


Surveiller le monstre
 

Tu cries, tu craches ta question Pourquoi, mais bordel POURQUOI ça te met dans cet état de dépenser la moindre somme d’argent ?

J’ai déjà essayé de t’expliquer
La pauvreté, quand elle a mordu dans ta viande un jour,
 tu l’oublies jamais
La peur sans cesse de te retrouver de nouveau entre ses dents
Difficile à comprendre si t’as jamais ressenti ça
la faim
le froid
la honte
Ces choses, très fort,
comme des bras serrés autour de ta vie,
empêchant le moindre mouvement,
étouffant chaque rêve.
Et même respirer devient douloureux !

Alors sans doute, c’est vrai, je t’agace avec mes angoisses et cet argent que je garde serré au fond des poches comme si ma vie en dépendait. Mais c’est parce que je surveille le monstre !

Je sais qu’il est là quelque part
planqué dans l’ombre
Je ne l’ai pas oublié
et je sais que lui non plus
ne m’a pas oublié


Portrait


[Marlene by Aglaé Vadet]
 


Mercredi 9 mai 2012

Tuer papa

Après l’hôpital, il y a eu l’été. Et papa a recommencé. Il faisait chaud et des orages souvent. Un soir où le tonnerre grondait avec rage, j’ai essayé de tuer papa pour la première fois. C’était dans le lit, il était étalé là, inerte, il allait bientôt partir. Chaque fois c’était pareil. Papa restait quelques minutes allongé, le temps de reprendre son souffle. Alors j’ai serré son cou. Mes petites mains nouées très fort autour de son gros cou moite. Au début, il n’a pas bougé, il n’a rien dit. Presque comme s’il acceptait son châtiment. Il devenait rouge, toujours immobile, ses yeux fermés. Je serrais de plus en plus. Sa respiration faisait un drôle de bruit. J’ai cru que j’allais gagner. Un instant seulement j’ai eu l’espoir que ce serait bientôt fini toute cette histoire. Et puis papa s’est redressé violemment et m’a giflée. Ensuite, il est parti en trainant ses pantoufles. Je suis restée dans ma chambre, sans pleurer parce que je ne savais plus pleurer depuis longtemps.
Après l’hôpital, après l’été plein d’orages, après que j’ai essayé de tuer papa, maman m’a envoyée en pension. Je me suis longtemps demandé qui elle cherchait à protéger. Je savais bien que c’était papa, mais je refusais de me l’avouer. [Mary/Extrait de "Les voix", roman en cours de tricotage]
 

It's time to dive (6)


[Cancale, Photo Marlene T.]
 


Mardi 8 mai 2012

Ordinary freedom


[Londres, Photo Marlene T.]
 

High Time


[Elliott Smith]
 

Illusion

S’éprendre d’un personnage de fiction
avec la certitude rassurante
qu’aucune réalité ne viendra troubler l’illusion
 


Lundi 7 mai 2012

Les armes

Et les armes,
est-ce que ça change quelque chose
les armes qu’on se fourre dans la bouche
sans jamais avoir tout à fait l’envie d’appuyer sur la détente ?
Le canon qu’on lèche pour sentir le gout froid du métal,
vérifier qu’il n’est ni meilleur ni pire que celui des jours
 

Pas la guerre


[Londres, Photo Marlene T.]
 

Intervention à Haute voix
 

Info et abonnement : gerard.faucheux@numericable.fr
28 € pour 4 publications

Parution du n°49 de la belle revue Intervention à Haute Voix avec au sommaire :

Danielle Allain Guesdon, Laurent Bayssière, Jean-Louis Bernard, Eliane Biedermann, Ferrucio Brugnaro, Henri Cachau, Jacques Canut, Marguerite Charbonnier, Guy Chaty, Japh' Eiios, Gérard Faucheux, Béatrice Gaudy, Cathy Garcia, Bernard Grasset, Amédée Guillemot, Jean-Michel A. Hatton, Michel Héroult, Anne Jullien, Alain Lacouchie, Jean-Luc Le Cleac'h, Gérard Lemaire, Mireille Le Hiboux, Gaétant Loubignac, Béatrice Machet, Patrice Maltaverne, Fabienne Moineaud, Lucie Negel, Teresinka Pereira, Patrice Perron, Mireille Podchlebnik, Jeanpyer Poëls, Alain Quagliarini, Basile Rouchin, Marlene Tissot, Anne Villaret, Catherine Wolff
 


Samedi 5 mai 2012

Les choses invisibles

Je me souviens de ma première communion. J’y comprenais que dalle. Il y avait Jésus sur sa croix qui semblait regarder loin à travers nous et la peinture rouge qui s’écaillait sur la blessure de son coeur. Il y avait maman qui récitait des mots pieux en playback. Il y avait tonton et puis tata qui n’avait pas encore foutu le camp à l’époque. Elle trimbalait dans son ventre gigantesque une cousine minuscule. Il y avait ma prétendue innocence étalée là comme un mensonge crasseux dont personne ne semblait s’offusquer. Il y avait un Dieu quelque part, bien planqué, dont on m’avait vanté la toute puissance. J’ai tendu les mains pour recevoir un morceau de son corps, j’ai bu son sang, mais rien n’a changé. Je me sentais toujours le même. Les choses invisibles n’avaient pas de prise sur moi. Tout ça n’était à mes yeux qu’une farce gigantesque, pas plus réaliste que les histoires dans mes comics et foutrement moins drôle. [Franck/Extrait de "Les voix", roman en cours de tricotage]
 

Do you believe in fairy tales ?


[Photo Marlene T.]
 


Vendredi 4 mai 2012

Dissonance
 

Parfois, il me semble que je vois mieux lorsque je ferme les yeux. Mais d’autres fois j’ai des choses laides et sales et effrayantes sous les paupières et, étrangement, ça me fait du bien. Comme si j’autorisais un monstre à vivre dans moi. Comme s’il me laissait le caresser sans montrer les dents. Et ses grognements rauques seraient un peu la musique dissonante de tout ce que je ne m’autorise pas à dire. [Extrait de "Les voix", roman en cours de tricotage]


Pas la guerre


[Lyon avril 2012, photo Marlene T.]
 


Jeudi 3 mai 2012

Des traces de joie
 

Les nuits blanches, les malentendus, les engueulades, les emmerdeurs, les pannes de voitures, les factures impayées, et puis toutes ces guerres partout, assez loin pour qu’on s’imagine à l’abri. Toutes ces histoires de pouvoir, de gloire, d’économie, de religion. Tout le monde veut encore, veut plus, veut mieux et tout le monde veut avoir raison. Cacophonie continuelle, quête du dernier mot, de l’échelon le plus haut, du sourire le plus blanc.
Parfois, je n’en peux plus, je me dis vivement.
Vivement quoi ? La fin ?
Elle viendra, tôt ou tard, cette fin. Chacun y aura droit.
Mais d’ici là, il reste du ciel et de la rosée dans l’herbe, il reste des musiques qui font chaud dans le ventre, il reste des regards à savourer, des peaux et des tignasses à caresser, des bêtes sauvages à cajoler. Il reste à tremper ses mains dans la lumière et laisser des traces de joie dans la poussière.


Devenir...


[Lyon avril 2012, Photo Marlene T.]
 


Mercredi 2 mai 2012

Paradoxe corporel

Se rendre
ne pas se donner mais
se rendre
alors qu'on n'a jamais
appartenu


Ni dieu ni maître


[Grenoble mars 2012, Photo Marlene T.]
 

Les revues de printemps
 

Quelques parutions en revues pour ce mois de mai naissant et gorgé de soleil !

Tout d'abord dans le beau levain majestueusement pétri par Rodica Draghincescu : Levure Littéraire  qui présente son n°5 plus que jamais international. (à consulter en ligne)

Et également dans la belle et toute nouvelle revue papier Cabaret dirigée par Alain Crozier. (Abonnement 10€ les 4 numéros)


Mardi 1er mai 2012

Aujourd'hui, c'est à La Bastidonne que ça se passe !


 


Lundi 30 avril 2012

You've got the power

Certains croient tirer les ficelles du monde
d’autres jouent à se faire passer pour des pantins
les mensonges des uns et des autres s’emboîtent à la perfection
le pouvoir n’est qu’une illusion
 

May the forces be saved


[Graf by Hogre, Photo Marlene T.]
 


Samedi 28 avril 2012

Une foule de personnages

Se faire passer pour ce qu’on n’est pas
sans malice
sans réellement mentir
simplement parce que parfois
on ne sait plus démêler le vrai du faux
se défaire des rôles qu’on joue
retrouver dans la foule de personnage
celui qui ressemble le plus au vrai soi
 

Ce qu'il y a à l'intérieur


[Londres, photo Marlene T.]
 


Vendredi 27 avril 2012

La foule

Parfois, le choix semble facile entre la foule et le silence
mais la solitude n’est pas si paisible qu’on l’imagine
fuir les autres, c’est devoir se faire face
se retrouver en tête à tête avec soi
quand les murs se transforment en miroir
se font l’écho de voix intérieures qu’on voudrait étouffer
il faut s’aimer – au moins un peu – pour rester seul
et c’est sans doute pourquoi souvent je rejoins la foule
j’y plonge pour dissoudre ce que je suis
semer les monstres
m’oublier
 

Lost and found


[Paris novembre 2011, Photo Marlene T.]
 


Jeudi 26 avril 2012

Grenade

Parfois, la vie, je m’y sens comme coincé. Enfermé quelque part, dans une grande pièce avec des portes partout. Des portes closes et sur chacune, un petit écriteau indiquant Interdit – Réservé au personnel – aux usagers – au responsable.
Je n’ai pas le cran de braver l’interdit, forcer le passage, voler une issue. J’ai trop peur de ce qui pourrait se trouver derrière.
Tout ça c’est la faute de... Non, ce n’est pas vrai!
C’est drôle tu ne trouves pas ?
Il s’agit toujours de chercher – c’est tellement plus facile – quelqu’un à blâmer. Quelqu’un d’autre que soi, bien entendu.

C’est irritant, je tourne en rond, je perds espoir, je lutte. Mais contre quoi exactement ? Il me suffirait sans doute d’oser. Accepter le contact de ma main sur le métal froid de la poignée de porte. Accepter de m’aventurer en terrain inconnu.
Mais je reste immobile, à m’imaginer parfois qu’il serait plus facile d’exploser les murs que de pousser poliment une porte. Je reste immobile et je me transforme en grenade. Peau d’acier, tête à dégoupiller. Tout finira par exploser. Tôt ou tard. [Extrait de "Les voix", roman en cours de tricotage]
 

Something bigger than us


[Photo Marlene T.]
 


Mercredi 25 avril 2012

Amortir la chute

On colle des mots les uns après les autres
pour boucher les silences
camoufler les fissures
on colle des yeux dans des yeux
comme si c’était des fenêtres
chercher à voir à l'intérieur de l’autre
on colle des bouches sur des bouches
pour étouffer les cris
on colmate
on construit sur les sables mouvants
on s’aime en dansant
en déséquilibre
et on espère parfois que l’autre
amortira la chute
 

La collec' Emeute
 

Et voilà ! 

Tranchés dans le vif, un recueil de textes sélectionnés dans mon bazar et compilés par Dan Leutenegger avec en prime une préface signée Aglaé Vadet et quelques inédits...

Pour plus d'info, voir ICI



Mental conditions


[Filthy Boys, Mental conditions]
 


Mardi 24 avril 2012

Ce petit surplus de douceur

L’étreinte des nuages
le chant des baleines de parapluie
le dos rond des frissons sous la caresse du pull
ce petit surplus de douceur qui aide à
franchir les jours de pluie
 

Peindre des fleurs sur les ruines


[Bretagne, Photo Marlene T.]
 


Lundi 23 avril 2012

La matière

Mary dit que je ne sais pas ressentir les choses. Qu’il faudrait que je laisse vivre les sentiments en moi, que j’arrête de les exterminer. Mais je ne tue rien, je n’empêche rien. Il y a peut-être eu un défaut de fabrication. Un vice de forme. En apparence, tout est correct. Mon cœur fonctionne. C’est un outil parfait. Une mécanique huilée qui pompe et crache la vie, le sang. Mais pas les sentiments. Ce n’est pas une matière, le sentiment. Et mon cœur ne comprend que la matière. Est-ce qu’on apprend à un cœur à fonctionner autrement ? [Extrait de "Les voix", roman en cours de tricotage]
 

I've got something inside
and that sounds like a clock


[Fred le Chevalier, Paris nov. 2011, Photo Marlene T.]
 

La voix

Samedi 14 et 21 avril, j'étais dans les studios de Radio Méga à Valence pour lire des passages de Mailles à l'envers. Un petit extrait est en ligne sur le site des éditions Lunatique. Bientôt d'autres extraits disponibles sur Mon Nuage. Rediffusion, mardi 24 avril à 9h, de l'émission de samedi 21. Et samedi 28 avril, RDV pour la troisième émission en direct, à partir de 10h.
 


Samedi 21 avril 2012

Encre

Prends garde de ne pas trop
piétiner la pénombre
de ne pas lui laisser le temps
d’infuser son encre à ta route


It's time to dive (5)


[Cancale, photo Marlene T.]
 


Vendredi 20 avril 2012

Un peu de buée sur les vitres

Je gratte.
La peinture écaillée sur le bord de la fenêtre.
La poussière sur le dessus-de-lit de cette petite chambre d’hôtel pour gens pauvres. Pour gens qui se cachent. Pour gens qui ne valent rien.
Je regarde la crasse sous mes ongles et elle me semble bien réelle. Mais pour le reste, je ne sais plus trop. Je me souviens seulement de quelques images capturées entre deux battements de paupières. Trois coquelicots dans un cadre, un lavabo fêlé, une serviette blanche, la tapisserie vieillotte, ton visage en plan rapproché. Je me souviens du poids de ton corps sur le mien, ton odeur, ta salive, le gémissement du lit, nos respirations.
Non, je ne me souviens plus vraiment de tout ça.
Dans la rue, il pleut. Un peu de buée sur les vitres. Je gratte la peinture écaillée sur le bord de la fenêtre. La poussière sur le dessus-de-lit. Qu’est-ce que je fais là, déjà ? Seule, adossée à l’armoire bancale. Tu es sorti pisser. Les toilettes sont sur le palier. J’entends des portes qui grincent, une chasse d’eau, du bruit dans les chambres voisines. Tout me semble tellement irréel. Comme si ce n’était pas moi. Juste un corps dont j’aurais perdu le contrôle.
Je regarde la crasse sous mes ongles. Tu vas me rejoindre dans la chambre et je vais devoir te sourire, te faire croire que je suis heureuse d’être là, maintenant, avec toi alors que je ne me souviens même plus pourquoi ni comment les choses ont commencé. Ma vie s’est mise à m’échapper. Je ne chercherai pas à la rattraper. Il suffira d’attendre que tout tombe en morceaux, que les murs cessent d’exister.
 

It's time to dive (4)


[St Malo, photo Marlene T.]
 


Jeudi 19 avril 2012

Origami

L’honnêteté
blanche et lisse
qu’on plie délicatement
pour lui donner une forme nouvelle
ce n’est pas tout à fait un mensonge, n’est-ce pas ?
 

It's time to dive (3)


[Irlande, Photo Marlene T.]
 


Mercredi 18 avril 2012

Couper court

L'oubli est
une petite arme
dangereusement
affutée


It's time to dive (2)


[St Malo, photo Marlene T.]
 


Mardi 17 avril 2012

Stranger Than Fiction

Les fous
Les fadas
Les différents
Les qu’on regarde de travers
Les qui ne font pas comme tout le monde
Les qui ont des gestes étranges
Les qui empruntent des passages secrets
Les qui peuvent s’allonger dans la neige sans la faire fondre
Les qui existent sans laisser de trace
Les qui habitent à l’intérieur de moi et que je n’ose pas laisser sortir
Les qui finissent par prendre de plus en plus de place


It's time to dive


[Cancale, photo Marlene T.]
 


Lundi 16 avril 2012

Les dimanches

Il m’arrive d’aller au cimetière en journée. Pour tuer le temps et l’enterrer. Les choses sont différentes lorsqu’il fait jour. Les morts ont l’air plus mort. Sans doute à cause des vivants qui les visitent. C’est le dimanche qu’il y a le plus de monde. Ils viennent en grappes familiales, après le déjeuner, faire une petite promenade. Ils ont le pas traînant, un peu lourd. Il y a parfois un reste de tristesse accrochée à leur regard. Une certaine lassitude. Quelques regrets, peut-être. Ils bavardent un peu. À voix basse, comme s’il s’agissait de ne réveiller personne. Ils font une halte devant une pierre, hochent la tête, ramassent les fleurs sèches. Puis ils repartent en baillant, en se frottant le ventre, comme si le repas était plus dur à digérer que le passé ensevelir.
[Extrait de "Les voix", roman en cours de tricotage]

 

La solitude des jours de pluie


[Photo Marlene T.]

 


Samedi 14 avril 2012

Le noir au fond des regards

A la moindre remontrance
à peine élève-t-on un peu la voix
quelle que soit la broutille que l’on me reproche
immédiatement, j’ai sept ans
mes fautes deviennent gigantesques
impardonnables
j’ai peur d'être punie
j’ai sept ans de nouveau
et je pleure des rivières, je m’enfuis à la nage
parce que je n’ai simplement pas la force
d’affronter le noir au fond des regards
 

Fragile inside


[Londres 2010, Photo Marlene T.]
 


Vendredi 13 avril 2012

Phare intérieur

L’espoir
c’est la lumière
qui sait briller
jusqu'en dessous
des paupières
 

Je vois la vie réelle


[Tristan des Limbes, Paris Nov. 2011, photo Marlene T.]
 


Mercredi 11 avril 2012

Docile

Tu attends là, presque docile, installé dans ta peau comme dans une petite salle d’attente. Tu t’impatientes un peu, parfois. Tu regardes ta montre, tu regardes les jours qui coulent comme des grains dans un sablier. Tu attends là. Comme si quelqu’un allait venir te chercher, t’appeler par ton prénom, te prévenir que c’est ton tour. Comme si quelqu’un allait t’annoncer avec un sourire professionnel que ton cœur et tes dents vont bien, que c’est parfait, tu peux vivre maintenant !

Mais il n’y a ni rendez-vous à prendre ni permission à demander lorsqu’il s’agit de vivre ! Ouvre les portes, les fenêtres, les bras, les yeux. Respire l’horizon, embrasse l’aube, bois le ciel et la mer. Va aussi loin que possible, même immobile. Escalade tes rêves et écoute le vent. Tu as tellement à faire avant le jour où les oiseaux noirs viendront te chercher.

[Pour FPDV, thème d'avril "salle d'attente" - à lire sur place avec une photo d'oiseaux noirs en bonus !]
 


Mardi 10 avril 2012

Tromper l’ennemi

Réussir
à la perfection
chacun de mes
actes manqués
 

Tic-Tac Sardine


[Paris Novembre 2011, Photo Marlene T.]
 


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