Marlène TISSOT est venue au monde inopinément. A
cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu'il n'y avait pas de mode d'emploi.
Sait dorénavant que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu'elle a dix-ans-et-demi et
capture des images depuis qu'elle a eu de quoi s'acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais
sait mettre un pied devant l'autre et se brosser les dents. Ecrira un jour l'odyssée du joueur de loto sur
fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l'instant se consacrer à des
sujets un peu moins osés.
PS
: J'ai aussi un petit oiseau bleu, pas du genre qui palpite dans la cage
thoracique, mais du genre que je nourris assez peu, du genre qui fait un peu
ce qu'il veut, il n'est pas dans une cage et les fils à la patte, c'est pas mon truc... N'empêche, j'ai un
petit oiseau bleu.
Ça lui a pris comme ça. Il a dit, « Quand j’étais môme, on allait pêcher
tous les dimanches avec mon père. » J’en avais entendu des choses sur
son enfance, mais il ne m’avait jamais parlé de ça. « Aller, viens, on y
va », il a fait. « Où ça », j’ai demandé ? « Acheter le matos, pardi ! »
C’était un samedi matin. Presque midi. On a quitté le bistrot de la
place du marché. Jean avait déjà un sérieux coup dans le nez. Le truc
bien, à l’époque où on vit, c’est que tout est ouvert, tout le temps,
même pendant midi. Comme si les gens qui bossaient dans les magasins
étaient des petits robots qui ne mangeaient jamais. Bref, on est arrivé
chez Décathlon. Jean a chopé un vendeur. Il lui a expliqué ce qu’il nous
fallait : « Tout le matériel nécessaire, et le meilleur ! ». « Pour un
budget raisonnable », j’ai ajouté. Jean m’a jeté un regard de travers. «
Quand tu ramèneras un salaire à la maison, tu pourras l’ouvrir », il a
dit. J’ai fermé ma gueule, évidemment. Le gars en gilet bleu – Mathias,
c’était écrit sur son badge – jubilait. Un macho bourré prêt à craquer
son salaire pour aller à la pêche, sûr que ça faisait sa journée !
On est rentré à pas d’heure avec plusieurs kilos d’équipement. On devait
aller camper au bord de la rivière pour être sur place dès l’aube.
Dormir dans une tente, ça m’enchantait pas des masses, mais j’ai pas
moufté. Quand Jean est tout excité comme ça, vaut mieux pas le
contrarier. J’ai mis le poulet rôti à réchauffer au micro-onde et quand
je lui ai apporté son assiette, il m’a fait un geste de la main « Pas
maintenant, j’ai pas faim. » Il s’enquillait des bières sur le sofa en
lisant les notices d’utilisation. J’ai mangé mon poulet à la cuisine en
lisant un magazine où, sur chaque page, une photo de fille me faisait me
sentir un peu plus moche. Finalement, j’ai décidé d’aller préparer
quelques affaires pour le soir, des vêtements de rechange, un
pique-nique, un thermos de café, de la crème anti-moustiques.
Quand je suis redescendu, Jean roupillait sur le canapé. Je l’ai laissé
se reposer un moment. À la fin de la journée, je l’ai secoué un peu mais
il n’a pas bronché. J’ai allumé la télé pour passer le temps, en montant
le son histoire que ça le tire de sa torpeur. La nuit commençait à
tomber, alors j’ai secoué Jean de nouveau, mais rien à faire, il
continuait de ronfler. Je me suis décongelé un croque-monsieur puis je
suis allée prendre un bain. Comme Jean faisait pas mine de reprendre
conscience, je suis allée au lit. Il était pas encore sept heures quand
il a déboulé le lendemain matin, furibard. Il gueulait comme un putois
parce que j’avais foutu en l’air sa partie de pêche, et pourquoi je
l’avais pas réveillé, bordel ? Je lui ai rétorqué que j’avais essayé et
pas qu’une fois. « T’as pas essayé assez fort ! » il a braillé, puis il
est allé prendre deux aspirines en grognant que je ferais bien de me
remuer, parce qu’on y allait, tant pis pour l’heure. Je me suis habillée
pendant qu’il chargeait la voiture et on a pris la route, pied au
plancher. Évidemment, on n’a pas attrapé le moindre poisson et Jean
était d’une humeur de chien. Il disait que tout ça, c’était de ma faute.
Il pouvait bien me jeter des regards noirs, ça me faisait ni chaud ni
froid. J’attendais que sa colère passe. Ça finit toujours par passer.
Lundi matin, pendant la pause, je racontais à Sylvie, une collègue, le
désastre du week-end, quand Martin s’est approché. Il a posé sa main sur
mon épaule et m’a regardé avec sa paupière de tombeur. « Tout ce dont tu
as besoin, c’est d’amour. » il a dit.
Je lui ai répondu que j’avais juste envie d’aller me balader au bord de
l’océan. Il n’a pas proposé de m’y emmener. Quelques jours plus tard, il
couchait avec Sylvie et elle n’a pas eu besoin de s’en vanter. En trois
jours, tout le monde était au courant au bureau. Elle avait l’air
déprimé. Mais ça aussi, ça finirait par passer.
J’ai mis en vente la tente et le matériel de pêche sur ebay. Jean a fait
comme s’il n’en savait rien. Le jour où il sera mal luné, il prétendra
que c’est un motif de divorce. J’espère que pour une fois il ira au bout
de son idée.
[Life is a Beatles song #15]
Vous savez, moi, les voisins, à part « Bonjour, au revoir » je leur
cause pas beaucoup. Si j’avais pu me douter... Elle avait pas l’air
cinglée, pourtant, miss Sourire. Je l’appelais comme ça à cause de son
air toujours joyeux. Ma femme disait « Tu peux pas l’appeler Nathalie,
comme tout le monde ? ». Non, je pouvais pas. Enfin, bref, elle avait
l’air normal. Je veux dire, elle sortait ramasser son courrier, elle
taillait son rosier. Elle avait même un chien. Bob, il s’appelait. Et
puis, elle portait des robes, du maquillage, comme n’importe quelle
femme, pas comme ces... enfin, vous voyez ?
Et ce matin, je trouve une lettre de ma femme à côté de la cafetière.
Elle n’aurait jamais écrit des trucs pareils, ma femme. Sauf sous la
menace, c’est sûr. Elle devait avoir un flingue braqué sur la tempe pour
écrire ça. Non mais c’est insensé, regardez ! Regardez ce qu’elle dit.
Je vous assure, elle a toujours aimé ma bite, Josy. C’était pas le genre
de femme capable de simuler. Alors pourquoi elle aurait foutu le camp
avec la voisine, hein, dites-moi ? Elle serait tombée amoureuse, comme
ça ? J’y crois pas une seconde !
Je vous le dis comme je le pense : elle s’est fait enlever. Y’a pas
d’autre explication possible. Ah mais vous pouvez rire, vous ferez moins
les malins quand je recevrai une lettre de rançon. Bordel, va falloir
que je me remette à faire des heures sup’ et que je vende ma Peugeot.
Ouais, vous voyez, je suis prêt à tous les sacrifices pour récupérer ma
Josy.
[Life is a Beatles song #14]
Jeudi 26 juin 2014
Du
Chien sans l'faire exprès
Maud Saintin, écrivain (son dernier roman "Moi
non plus" est un petit bijou) et auteur-interprète du groupe MonMec,
anime également l'émission "Du chien sans l'faire exprès" sur Radio Clapas
à Montpellier. Dans la dernière de la saison, juste avant de partir vers
l'été, elle m'a fait la belle surprise de parler de "J'emmerde..."
paru en mars aux éditions Gros Texte. [Podcast
de l'émission]
Mercredi 25 juin 2014
Jouer à la poupée
Elle aime aller au
cimetière, regarder les noms sur les pierres et inventer des histoires
aux disparus. C’est un peu comme jouer à la poupée. Les morts sont
dociles. Ils se laissent déshabiller de leur passé et rhabiller de
n’importe quel costume, même s’il est mal ajusté. Elle s’invente une
nouvelle famille, immense et merveilleuse et ça lui donne envie d’en
être digne, envie de vivre mieux, de vivre pour eux. ["La
femme invisible", extrait, en cours...]
Mardi 24 juin 2014
J'emmerde la magie [new]
Je suis
passée maître
dans l'art
de la désillusion
This is so unreal
[Paris juin 2014, photo Marlene T.]
Lundi 23 juin 2014
Tisser tes doigts avec mes doigts
Quand
tu baisses les bras
je laisse tomber
un cube de sucre
dans ma tasse de thé
et tes yeux glissent
le long d'un chemin
qui ne mène nulle part
je te suis et te pousse
à nous perdre
plus loin encore
on détricote le paysage
on régurgite des pelotes de non-dits
on réapprend le métier à tisser tes doigts avec mes doigts
il nous reste tout notre temps
et tant pis si tout n'est rien
tant pis si on ne connait pas
la durée du présent
ça le rend sans doute
encore plus précieux
Dimanche 22 juin 2014
L'humeur du dimanche : right and wrong (et vice versa)
Des fois, ça me prend comme ça, dans des moments où je m’y attends pas,
je coupe des tomates, je fais cuire du riz et j’ouvre une boite de thon
et ça me prend. Ça me prend par le milieu du ventre pendant que je
prépare une salade à la con et que l’étendue lisse de ma vie à la con
m’apparaît dans toute sa largeur écœurante. Ça me prend, je reste juste
là, un peu vide, à continuer ma petite chorégraphie au couteau en
sachant pertinemment qu’elle ne mène à rien. Je continue parce que
j’arrête jamais un truc au milieu, j’aime pas briser le mouvement. Je
continue de préparer la salade, mais je ne suis plus vraiment là. Je
pense déjà à foutre le camp et quand ce sera fini, tout ça, je vais
foutre le camp parce que je n’en peux plus de toute cette petite paix
poussiéreuse, des lessives étendues, des courses à Leclerc, des dvd du
soir, des journées rigides, des rêves frigides. Faut que je respire, et
je ne respire qu’en partant. À chaque fois, c’est pareil, je pars en
croyant que c’est pour toujours. Je pars mais c’est comme monter sur un
manège. Tu changes d’univers, le monde devient flou et beau, tu
t’envoles, tu voudrais que ça dure toujours. Quand je pars, j’y crois,
mais d’une certaine manière, je sais qu’à un moment j’aurais la nausée
et que le tour s’arrêtera et qu’il faudra redescendre, mi soulagée mi à
regret.
Je sais pas trop si je suis conne ou raisonnable. Soumise, résignée ou
lucide. Je sais pas trop si j’ai envie de me foutre la gueule en l’air
très vite ou crever à petit feu. J’ai jamais rien su décider. J’essaye
un coup l’un, un coup l’autre sans jamais aller au bout de quoi que ce
soit. J’ai le cul entre deux chaises et la démarche bancale. Je tourne
en rond. Je finis par revenir. Revenir sur mes pas. Revenir au point de
départ. Revenir couper mes tomates à la con et changer la housse de
couette, et ranger la vaisselle et payer les factures. Je finis par
revenir en sachant que je vais repartir. Je reviens parce que je ne sais
rien faire d’autre que payer le prix, le prix d’un ticket de manège qui
m’envolera de nouveau avant de me redescendre à la fin du tour. Parfois,
je me dis qu'on a dû me fabriquer avec les ruines d'une montagne russe.
Jeudi 19 juin 2014
Chère Prudence,
Aujourd’hui, je te quitte.
Nous n’irons plus ensemble, je ne poserai plus mes pas dans le chemin
paisible que tu prends tellement soin de me tracer. Je ne peux plus
avancer sans cailloux pour tordre mes chevilles et mes idées.
Aujourd’hui, c’est décidé, je vais où bon me semble, je pars à
l’aventure, j’affronterai sans broncher la peur, la honte et même les
regards torves. Plus rien ne me fait peur, j’en ai assez d’avoir peur.
Toi, tout te fait peur et ce n’est plus possible de continuer ainsi. Nos
chemins se séparent irrémédiablement. Il n’y aura ni regret ni chagrin.
Je t’abandonne nos chers enfants, Inquiétude et Tempérance. Ne cherche
pas à me retrouver, j’avancerai trop vite, trop fort pour toi. Tu te
foulerais le cœur, tu t’essoufflerais l’âme à vouloir me courir après.
Tu briserais tes nerfs fragiles.
Chère Prudence, aujourd’hui je te quitte.
Et tes bienveillants conseils, ta délicieuse sagesse n’y pourront rien
changer. Je t’ai aimé un peu trop, je crois.
Adieu, chère Prudence.
[Life is a Beatles song #13]
Lundi 16 juin 2014
Revue L'Ampoule n°12
Ont participé à ce numéro :
Jean-Baptiste Dumont, Muriel Friboulet, Dominique Louyot, Jérôme
Pitriol, Vlad Oberhausen, Neevh, Antonia Bellemin, KOWALSKI,
Constance Dzyan, Lordius, Barbara Marshall, Fabrice Marzuolo,
Anthony Boulanger, Pierre-Axel Tourmente, Marlène Tissot, Ana
Birds, Jacques Cauda, Hugues Moussy, Francis Denis, Cécile
Benoist, Marc Laumonier, Wladimir Lentzy, Xavier Bonnin, Céline
Mayeur, Philippe Choffat, Audrey Tison, Cyril Calvo, Olivier
Hobé et Édouard.k.Dive.
L’amour, au fond, c’est une belle saloperie. Ça te fait croire que tu es
le roi. Ça te donne l’impression que tu détiens un langage universel
alors que tu ne parles qu’à toi-même et ta bouche avale l’autre et ton
cœur dévore l’autre, l’ingurgite tout entier, tu le sens là dans ta
peau. Et tu voudrais que l’autre ne se débatte pas, reste docile, se
laisse digérer. Et tu ne comprends pas que l’autre ne comprenne pas. Tu
as les sentiments qui tournent en vase clos et se mordent la queue.
L’amour, au fond, c’est un sous-marin jaune que tu prends pour un soleil
parti briller ailleurs que dans le ciel, parti briller quelque part dans
les flots démonté de ton palpitant. Un vaisseau blindé qui se dirige au
radar et qui croit qu’on ne l’a pas vu arriver, et qui croit qu’il aura
le dernier mot, et qui croit qu’il est plus fort que tout.
L’amour, au fond, c’est rien qu’un engin de guerre qui se prétend
inoffensif.
[Life is a Beatles song #12]
Vendredi 13 juin 2014
Pleine et rousse
[Valence, photo Marlene T.]
Jeudi 12 juin 2014
Fixing a hole
Je me suis servi un verre d’eau au robinet et installée là, à l’ombre
d’une idée en fleur qui ne porterait jamais ses fruits. C’était un
mardi. Je crois que le lendemain, il a plu. J’ai étendu la lessive et
quelques mots mal essorés. Des mots que je ne pourrai jamais te dire. Le
silence, c’était pas faute de le fouiller, je n’y avais jamais trouvé
d’or. Tout juste quelques caillasses qui pèsent sur l’estomac.
C’était un mardi, je crois. Ou, en tout cas, un jour comme un autre, vu
de l’extérieur, quand on ne se fie qu’aux apparences. J’avais sans doute
l’air tout à fait normal, tout à fait entière, mais ce jour-là, j’ai
compris : ton absence avait laissé un trou gigantesque dans ma vie et je
n’étais pas sûre de jamais parvenir à le réparer. Je n’étais pas sûre
d’en avoir envie non plus.
[Life is a Beatles song #11]
Mercredi 11 juin 2014
J'emmerde la fibre (commerciale)
On nous
vend du rêve synthétique
qui ne risque pas de rétrécir
au lavage (de cerveau)
[RQ: Les "J'emmerde" inédits
s'accumulent tranquillement pour en faire, peut-être un tome 2,
va savoir !
En attendant, le premier est toujours disponible chez
Gros Texte ou en me le commandant directement.
En prime, il est livré avec un chouette marque page décoré de
l'illustration de Sarah
Fisthole.]
Mardi 10 juin 2014
Dudesblood de Dan Sartain
"Le côté hybride et
varié de l'album qui pouvait laisser craindre un résultat foutraque ou
brouillon, livre au contraire un objet étonnant aux saveurs sonores
vivifiantes" : une chronique à lire chez
Casbah Record
Tournée lecture
avec Christophe Siébert
Ces derniers jours,
j'ai accompagné Christophe dans sa tournée pour la sortie de "La
place du mort" dont il lit des extraits, planqué sous son masque
et s'accompagnant de sons improbables et hypnotiques qu'il tire de deux
petites machines dont j'ai oublié le nom... Ce fut une belle expérience,
de chouettes rencontres, des lieux aux univers puissants et variés. (La
Villa des cents regards, Manifesten,
L'Asile 404,
un appart' sous les toits Lyonnais...) Et tant pis si j'ai une voix
merdique, si je suis raide comme un piquet, sans prestance et embaumée
d'huiles essentielles aux vertus supposées anti-stress : c'était
douloureusement bon de lire en première partie de
Christophe (qui poursuit sa tournée à Clermont, Toulouse, Amiens
et Lille, allez-y !)
Quelques images de la lectures à L'Asile 404
[Photos by Asile 404 et Mathias Richard]
" La véritable réalité est toujours irréaliste."
[Franz Kafka ]
Lundi 2 juin 2014
Mettre ma tête à cuire
La bouteille de gaz
est vide. Je ne sais pas pourquoi cette idée me revient sans cesse en
mémoire. Quand je suis partie ce matin, la bouteille de gaz était vide
et ça m'a contrariée. Je ne me rappelle plus pourquoi. Peut-être que
j'avais dans l'idée de mettre ma tête à cuire au four.
[La femme invisible - Extrait]
Dimanche 1er juin 2014
L'humeur du dimanche : M'occuper de ce qui me regarde
"There is nothing more provocative than minding your own
business." [William S. Burroughs]
["Danger Series" - Portrait of William S Burroughs in
front
of the Théâtre Odeon - by Brion Gysin]
(Naked Lunch series, Paris Oct 1959)
Samedi 31 mai 2014
J'emmerde les bouches cousues
Les
mots en l'air sont sans importance
c'est quand ils retombent
qu'il faut se méfier
Vendredi 30 mai 2014
Your mother
should know
« Ma mère, elle a coupé le cordon avant ma naissance, elle s’en est fait
un collier ou une corde pour me pendre ». Tu dis « Ma mère ». Tu dis que
tu n’as jamais pu l’appeler maman, tu as essayé, mais ça sonnait faux.
Tu dis, « j’aurais aimé qu’elle prenne le temps de faire de moi son
enfant. Elle n’a pas su, n’a pas voulu. » Tu ignores comment t’y prendre
avec la vie. Tu dis que ta mère ne t’a rien appris, qu’elle t’a laissé
tomber du nid et que ça t’a brisé les ailes, le cœur, les rêves. Tu n’as
envie de rien sauf des bras d’une mère et tu l’appelles, tu l’appelles
sans arrêt pour qu’elle t’explique.
Tu dis que ta mère devrait savoir tout ce que tu ne sais pas. Une mère
possède forcément toutes les réponses. Mais elle ne répond jamais. Ne
répond même pas au téléphone. Tu laisses tes questions en suspens. Tes
questions sur le répondeur. Tes questions qui s’entassent et
t’encombrent et t’emprisonnent, seul avec ton chagrin qui se transforme
parfois en rage.
Tu dis que ta mère devrait savoir qu’un jour elle finira dans une boîte.
Elle ne pourra plus jamais s’enfuir nulle part. Tu garderas ses cendres
dans une urne. Tu dis « Ma mère, elle va bien finir par crever et je
pourrai enfin la garder près de moi pour toujours. » Ta mère devrait
savoir qu’elle ne pourra pas échapper éternellement à ton amour qui se
prend parfois pour de la haine, ou le contraire.
[Life is a Beatles song #10]
Jeudi 29 mai 2014
Freakshow Comix 2
En 2013, L'Atelier TURUT,
petite structure éditoriale basée à Soyons (Ardèche) a invité une
quarantaine d'artistes à donner vie à des monstres, des créatures
grotesques, mutantes, des métamorphoses et autres phénomènes étranges
pour les rassembler dans un fanzine, le
Freakshow Comix.
Nominé en janvier 2014 au Prix de la BD alternative, dans le cadre du
41e Festival International de Bandes Dessinées d'Angoulême, le Freakshow
Comix a été présenté dans différents festivals, comme le FOFF
(Angoulême), Qualité Féroce (Troyes), KRAFT (Nantes) et prochainement
Vendetta (Marseille).
Encouragés par son
succès, L'Atelier TURUT souhaite publier prochainement un second numéro.
Celui-ci regroupera une partie des auteurs du premier et de nouveaux
auteurs français et européens. Il sera davantage axé sur la narration,
tout en conservant la qualité et la diversité graphique du premier opus.
Comme pour le premier numéro, les auteurs sont issus d’horizons aussi
divers que la bande-dessinée, l’illustration, le graphisme, le cinéma
d’animation, la littérature ou les arts plastiques. Pour soutenir le
projet et découvrir un aperçu des différents travaux qui seront publiés
dans le livre, c'est par
ICI !
Freakshow Comix #2 : 112 pages - format 17 x 24 cm -
couverture couleur à rabats - intérieur noir et blanc - impression sur
papier Cyclus Offset 300 et 140g - couverture : Guillôme Radiôm
Avec la participation de : Ajax, Alex-B, Atelier McClane, Rocío Álvarez,
François Bertin, Biscotte, Pierre Bouvier, Laure Calé, CaptainCap, Jana
Dobreva, Nicolas Fong, Yannis Frier, Goldendove, Pierre-Luc Granjon,
Jean-François Hautot, Delphine Hermans, Heidi Jacquemoud et Emilie Harel,
Joolz, Maxime Martin, David Myriam, David Prudhomme, Guillôme Radiôm,
Samuel Ribeyron, Lisandru Ristorcelli, El Rotringo, Marlene Tissot, Jumi
Yoon.
[Et dans ce n°2, je raconte l'histoire d'un cul oublié au
bestiaire...]
Mercredi 28 mai 2014
Expériences à la Villa des cent regards
Mercredi prochain à Montpellier, soirée lecture avec Christophe Siébert
à la Villa
des cent regards, 1000 bis rue de la Roqueturière. Beware !
Il me parle de ses élèves, les autres, et je me demande s’il me regarde
simplement comme une élève ou s’il parvient à m’imaginer autrement, à
m’imaginer nue dans son lit. Il me parle de choses et d’autres, la
météo, la politique, la couleur étrange des yeux de son chat, les
horaires de bus, les affiches de cinéma. Il me parle comme s’il tentait
de construire un mur de mots entre lui et moi. Les mots, même épais, ne
me font pas peur. Ils se traversent d’un battement de paupière.
Il se tait quelques instants, balaye le paysage du regard, la rue, les
passants, les platanes, les oiseaux, nos tasses de café sur la petite
table en faux marbre. Il sourit au serveur puis glisse
précautionneusement ses yeux dans les miens en prenant soin d’effacer
son sourire. Il me dit « Quand j’aurais soixante quatre ans, tu en auras
à peine trente. », comme on prévient un enfant, en espérant le
décourager, qu’il aura mal au ventre s’il mange trop de bonbons. Je
hausse les épaules parce qu’il est tout à fait possible qu’il n’atteigne
jamais soixante quatre ans ni moi trente. Parce qu’il est tout à fait
possible qu’il se passe quelque chose entre nous.
[Life is a Beatles song #9]
Lundi 26 mai 2014
Drive my car
C’était la première fois que tu me laissais conduire ta voiture. J’ai
fait semblant de considérer ça comme un honneur bien que je n’y
comprenne rien à ton amour pour ce tas de ferraille. Toujours à la
lustrer, à lui cajoler le cœur et autres organes huileux qu’elle planque
sous son capot. Tu l’aimais comme une Chevrolet de collection, comme une
actrice Américaine, alors je me suis installée au volant avec la
délicatesse requise. Tu as souri en me voyant régler le rétroviseur et
caler le siège à la bonne distance. Puis nous sommes partis. Tu parlais
en observant mes gestes mine de rien. Je ne quittais pas la route des
yeux. Il me semblait qu’à chaque instant, un drame pouvait survenir qui
m’aurait fait égratigner ton trésor. Alors, tu m’aurais détestée et je
voulais juste que tu m’aimes comme tu aimes ta voiture.
Nous roulions vers la mer. Dans le coffre, une tente et tout ce dont
nous aurions besoin pour le week-end. Tu me parlais de ces deux jours
dans la nature comme d’une aventure. Nous jouerions aux Robinsons, tu
n’étais pas certains de savoir allumer un feu. Je hochais la tête de
temps à autre, concentrée sur la route et le ronron du moteur. Puis j’ai
vu ce bolide arriver dans le rétroviseur et mon dos s’est crispé sous la
morsure du cerveau reptilien. Le petit coupé rouge fonçait droit sur
nous et se rapprochait dangereusement. J’ai accéléré, sans m’en rendre
compte. Tu m’as suggéré de ralentir un peu, mais il y avait toujours
l’autre à nos trousses et je continuais d’appuyer pour tenter de lui
échapper. Tu t’es retourné. Dans le rétroviseur, notre poursuivant a mis
son clignotant pour nous dépasser. J’ai continué d’accélérer. L’autre a
entrepris de nous doubler, mais j’étais pied au plancher et il peinait
un peu, coincé à notre hauteur. En face, un camion arrivait. Le coupé
rouge a klaxonné, le camion a klaxonné, tu m’as dit « Ralentis, bordel !
» Mais je n’arrivais pas à lever le pied. Le bolide est parvenu in extremis
à se rabattre devant nous avant qu’on ne croise le camion et ça m’a
agacé. Tu tremblais. « Ce connard nous a fait une queue-de-poisson ! »
j’ai dit mais toi, tu as commencé à me crier dessus et j’ai horreur de
ça. Quand on me crie dessus, je ferme les écoutilles, je passe en mode
sous-marin. J’entendais à peine tes éclats de voix en sourdine. Je me
répétais « Queue-de-poisson, queue de poisson, queue de poisson », en
pensant aux sirènes et à la mer qui approchait. Quand j’étais môme, je
rêvais souvent que je me transformais en sirène. Le moment était
peut-être enfin venu d’enfiler ma queue-de-poisson. Tu as tiré sur le
frein à main, ta voiture a perdu le nord et je suis partie nager à
travers le pare-brise.
[Life is a Beatles song #8]
J’ai vu un chien aujourd’hui. Il m’a montré ses dents, pourtant, je ne
suis pas dentiste. C’était une sale journée, aujourd’hui. Du genre
vraiment pas propre. L’aspirateur a craché ses poumons, le ciel était
plein de moutons, l’eau du bain était froide – pisser dedans n’y aurait rien
changé – les yaourts étaient périmés et moi aussi, je crois – tu veux me
goûter pour vérifier ou tu as peur que je t’empoisonne ? Parfois, je
t'empoisonne l'existence.
Je sais. Je sais que tu sais que je ne sais pas comment m’y prendre pour
plier la vie comme un drap lisse et la ranger dans mon cœur. Je froisse
tout. Toi, tu es du genre droit, comme une highway tendue vers l'horizon,
du genre à penser que la beauté du paysage dépend de la cylindrée de la
bagnole que tu conduis. Alors que j’imagine plutôt que ça a à
voir avec la place du mort, le sursis et les pannes à répétition sur la route
longue et sinueuse du quotidien.
[Life is a Beatles song #7]
« Je sais pas si c’est à cause du printemps, dit Julie, mais j’ai envie
d’avoir un enfant. Ou alors, c’est à cause des fraises. Elles sont
dégueulasses, d’ailleurs, tu ne trouves pas ? »
Laurent hoche la tête. Julie pose sa cuillère et soupire.
« N’empêche, j’ai envie d’avoir envie de fraises. J’ai envie d’avoir un
bébé dans mon ventre. Viens ! »
Elle se lève, le prend par la main et l’entraîne dans la chambre. Il se
laisse faire, se sent un peu con, comme ça, avec son silence et son
angoisse.
Elle tire les rideaux, tire les draps. Laurent regarde le lit, docile.
Elle s’approche de lui et tire sur la chemise, la ceinture, l’élastique
du slip, tire ses cheveux. Il est là, nu et empoté comme un comédien qui
n’aurait pas appris ses répliques, se sent un peu con avec sa bite en
berne et ses mains moites. Pourtant, Julie est persévérante et,
vraiment, il voudrait bien lui faire plaisir. Alors il essaye de penser
à des trucs cochons, des gros nichons, des filles en photo avec les
cuisses écartées. Mais rien à faire, l’idée du bébé prend toute la place
dans sa tête. Impossible de bander.
« Désolée… » il murmure. Julie lui sourit. « T’inquiète pas, tu seras
plus en forme ce soir. » Il hoche la tête. Mais ce soir, il sort acheter
des clopes et il ne rentre pas. Il ne rentre plus jamais.
Les années passent. Les printemps se succèdent, les femmes également.
Laurent ne sait pas tout à fait les aimer comme il faudrait, en tout
cas, pas comme elles espèrent. Il essaye, pourtant. Il essaye une fois
encore, avec Natacha. Et il voudrait bien qu’elle ne lui donne pas envie
de partir, comme toutes les autres. Mais un dimanche matin elle lui
murmure à l’oreille son envie de fraises. « Je suis peut-être
enceinte...» elle dit en riant. Il rit aussi, un rire mal imité, et il
entend le bruit dans sa tête, le bruit du moteur qui chauffe juste avant
le départ.
Il va s’en aller, une fois de plus. C’est plus fort que lui. Il ne fera
plus que ça, désormais. Rencontrer des femmes et puis s’en aller, très
vite, bien avant qu’elles aient l’idée de parler de fraises. Ras le bol
des fraises ! Et un jour il croisera Natacha, elle le giflera en pleine
rue. « C’était une plaisanterie, connard ! ». Et un autre jour, il
croisera Julie avec un enfant accroché à chaque main. Elle ne le
reconnaîtra pas. Il décidera de lui trouver un air épanoui, ce sera plus
facile. Et un autre jour, il essaiera de croire « Je suis peut-être plus
lâche mais certainement moins salaud que mon père. » Alors, il décidera
de s’allonger dans un champ de fraises pour toujours.
[Life is a Beatles song #6]
Strawberry fields forever
Dimanche 18 mai 2014
L'humeur du dimanche : Rester convenable et faire marrer tata
Samedi 17 mai 2014
Why don’t we do
it on the road
Je peux pas vraiment dire qu’on ait été témoins. Enfin, lui, peut-être,
mais moi, j’étais pas en position d’y voir grand-chose. On s’est arrêté
là par hasard, un peu dans l’urgence. Pas pour faire le plein d’essence
ni à cause d’une panne, non, c’était juste pour...
Le truc c’est qu’on roulait vers la Bretagne, tranquille, en comptant
les étoiles, presque aussi nombreuses que nos rêves, presque aussi
lumineuses, et, je sais pas pourquoi, j’ai glissé ma main dans son
pantalon. Il s’est dressé immédiatement.
Il m’a dit « Attends, il y a une aire de repos dans quelques kilomètres.
»
« Pourquoi on le ferait pas sur la route ? » j’ai proposé.
Mais il avait peur de perdre le contrôle du véhicule, de perdre le
contrôle tout court.
Je l’ai gardé dans ma main, comme un levier de vitesse, en attendant de
passer au régime supérieur. Puis il a bifurqué ici et s’est garé. J’ai
déboutonné son pantalon et attaché mes cheveux avant de poser ma tête
sur ses cuisses. Je ne sais pas pourquoi. L’idée m’est venue comme ça.
C’était la première fois dans une voiture. Je trouvais que ça
ressemblait à une scène de film américain et j’aimais bien. Je
l’entendais soupirer. J’aurais pu continuer des heures. Pourtant,
d’habitude ça me lasse assez vite. J’ai entendu une portière claquer pas
très loin et des voix en sourdine, mais je me foutais qu’on nous voie.
Je le sentais se cambrer et s’enfoncer dans ma bouche jusqu’à presque
m’étouffer. Puis d’un seul coup il a dit « Bordel, ça va exploser ! » et
je me suis demandé si j’allais pouvoir tout avaler. Mais il m’a attrapée
par les épaules pour me relever, j’ai vu les flammes et l’instant
d’après la pompe à essence s'est envolée comme une fusée. Le bruit était
terrible. J’ai pas eu peur. Je me suis dit qu’on était peut-être
réellement dans un film américain. Ce qui m’a contrarié, c’est que le
héros n’avait même pas eu le temps de jouir.
[Life is a Beatles song #5]
Why don't we do it on the road
Vendredi 16 mai 2014
Les oiseaux noirs
Tu attends là, presque docile, installé dans ta peau comme dans une
petite salle d’attente. Tu voudrais bien que le destin fasse le premier
pas. Tu t’impatientes un peu, parfois. Tu regardes ta montre, tu
regardes les jours qui coulent comme des grains dans un sablier. Tu
attends là. Comme si quelqu’un allait venir te chercher, t’appeler par
ton prénom, te prévenir que c’est ton tour. Comme si quelqu’un allait
t’annoncer avec un sourire professionnel que ton cœur et tes dents vont
bien, que c’est parfait, tu peux vivre maintenant !
Mais il n’y a ni rendez-vous à prendre ni permission à demander
lorsqu’il s’agit de vivre ! Ouvre les portes, les fenêtres, les bras,
les yeux. Respire l’horizon, embrasse l’aube, bois le ciel et la mer. Va
aussi loin que possible, même immobile. Escalade tes rêves et écoute le
vent. Tu as tellement à faire avant le jour où les oiseaux noirs
viendront manger les dernières miettes de lumière dans tes yeux. [Life is a Beatles song #4]
Black bird
Jeudi 15 mai 2014
Sitting on a
cornflake waiting for the van to come
Aujourd’hui j’ai dix ans et demi. Précisément. Je n’ai pas encore décidé
quelle importance accorder à ce demi. Le soleil ouvre un œil timide en
paupière de nuage. On dirait qu’il n’en sait pas beaucoup plus que moi
sur cette journée qui commence.
Les cornflakes se noient en silence dans mon bol de lait.
— Prends un peu de sucre, dit maman.
— J’aime pas ça !
— Il fait froid dehors, mets du sucre, insiste-t-elle.
Et moi, je ne vois pas le rapport. Je n’aime pas le sucre. Les saisons
n’y changent rien.
Maman soupire et verse une pluie de cristal blanc sur mes pétales en
perdition.
— Ça donne de l’énergie, elle dit. Ça fait grandir !
Justement. Je ne suis pas sûre de vouloir grandir. Pas tout de suite.
Pas avant le retour de papa, sinon, il ne me reconnaîtra pas. Maman ne
parle plus jamais de lui. Elle l’a effacé de sa bouche. Elle a dit que
je n’avais plus de père. Maman m’énerve avec son sucre et ses mensonges.
Les demis d’anniversaire ne changent rien.
Le ciel sourit bleu timide dans une barbe de nuages. Je m’assoie sur un
cornflake et j’attends que le van arrive. Papa sera au volant, cheveux
au vent, il m’emmènera là où les nuages sont roses, là où il pleut des
larmes joyeuses. On regardera les points d’interrogation prendre leur
envol vers de lointains pays. Il n’y aura de pépins nulle part, ni dans
les oranges, ni dans les matins.
— Arrête de rêver et finis ton bol, dit maman. Tu vas encore être en
retard à l’école. [Life is a Beatles song #3]
I am the walrus
[...]
Sitting on a cornflake waiting for the van to come
Corporation teeshirt, stupid bloody Tuesday
Man you been a naughty boy. You let your face grow long
I am the eggman, they are the eggmen
I am the walrus, goo goo goo joob [...]
Mardi 13 mai 2014
Elle
est entrée par la fenêtre de la salle de bains
Le ciel avait la lueur mauve des fins de nuit qui traînent en longueur.
Le matin était encore loin et j’étais venu pisser dans le lavabo quand
j’ai vu sa jambe passer par la minuscule fenêtre. Puis son autre jambe
s’est pointée, suivie de son cul et ses épaules. Elle s’est laissée
tomber en silence, pieds nus sur le carrelage de la salle de bain. Qui
que ce soit, elle était foutrement agile. Elle s’est immobilisée en
remarquant ma présence. J’ai vu sa main plonger vers le flingue qu’elle
portait à la ceinture. J’ai sursauté par réflexe, envoyant trois gouttes
de pisse sur la savonnette.
La fille m’a fait signe de la boucler. J’ai hoché la tête puis secoué ma
bite avant de la remballer. Dans la pénombre j’ai vu briller un sourire.
On a entendu les sirènes de police s’approcher puis s’éloigner. J’ai
rincé le lavabo en faisant couler un peu d’eau. La fille ne bougeait
pas, guettait la fenêtre. Calme plat. J’ai toussoté, parce que je
n’étais officiellement toujours pas autorisé à ouvrir ma gueule. Je me
sentais un peu con, pas franchement inquiet, plutôt vaguement étonné.
La rue était de nouveau déserte. La fille m’a salué d’un petit geste de
la main puis elle est repartie par où elle était arrivée, glissant son
corps dans cette minuscule ouverture avec une incroyable facilité. Tout ça
n’avait duré qu’une poignée de minutes. Je suis retourné au lit en me
demandant si je n’avais pas rêvé. Au réveil, j’avais tout oublié. C’est
plus tard, devant le lavabo, que la mémoire est revenue, en voyant les
trois gouttes de pisse sur la savonnette.
[Life is a Beatles song #2]
She
came in through the bathroom window
Lundi 12 mai 2014
Mean Mr Mustard
« Pourquoi tu mets autant de moutarde dans ton hot-dog, à chaque fois ?
Tu devrais savoir, maintenant ! »
Il a l’air agacé.
J’ai le nez rouge, les yeux qui pleurent. Ma gueule de clown triste
s’amuse à faire diversion.
« C’est juste pour ajouter un peu de piquant à la vie » je réponds, et
ma voix se perd dans le vacarme des attractions foraines.
Je n’aime pas la foule. On ne m’a jamais appris à y nager. Ces
discussions fades qu’on se sent obligé d’avoir avec l’autre comme si le
silence ici était honteux.
« Tu as envie de faire quoi ? » il demande en pensant à ces maudits
manèges.
Je mords dans le sandwich débordant de moutarde, bruler ma bouche,
l’anesthésier un peu, y tuer les réponses qui ne feraient qu’attiser
l’incompréhension. J’ai envie d’un hamac pendu entre deux arbres, sous
un ciel ou les nuages ne se prendraient pas pour des barbes à papa
roses.
Speed flip, Hully gully, Flying Circus. Les enseignes lumineuses.
« Et si on s’envoyait en l’air? » je propose.
Il sourit en coin. C’est toujours ça de gagné. On fait la queue pour les
tickets et je finis de gober mes dernières bouchées en torchant mon nez.
Là haut, les cris s’échappent de la machine infernale. Je me demande si
le hot-dog résistera ou s’il choisira de se faire la malle dès le
premier looping.
Toujours la même histoire finalement : il s’agit de serrer les dents.
[Life is a Beatles song #1]
Mean Mr Mustard
Dimanche 11 mai 2014
L'humeur du dimanche : courir après le temps perdu
[Little miss sunshine]
Samedi 10 mai 2014
Le Gonzine #3
Un mag aussi beau qu'un livre, fait main par Sarah Fisthole, avec que
des filles dedans, des pages douces, des images superbes et pas toujours
si douces, des textes aux saveurs variées... bref, si t'as pas de livre
de chevet (ou si tu en as trop), prends un Gonzine, il saura t'aimer
comme personne !
80 pages, 8 € à commander ici : sarahfisthole@gmail.com
Vendredi 9 mai 2014
John
the Conqueror
Parce qu'il n'y a
pas que la poésie dans la vie (ou plutôt si: elle est partout
Parce que la musique adoucit les moeurs (il parait), parce que John the
Conqueror, c'est un personnage de légende afro-américaine, c'est une
plante dont la racine est magique et c'est un groupe de musique. Parce
que si tu ne connais pas et que tu brûles d'envie d'en savoir plus, j'en
parle chez
Casbah Record (où il y a des tas d'autres chouettes trucs à
découvrir)
Jeudi 8 mai 2014
Sans
plomb ordinaire
Un petit papillon de nuit
blanc
est étendu sur mon pare-choc
avant
ses ailes ouvertes grand
quand j’arrive à la station
il n’a pas bougé
juste un peu plus étalé
un peu trop plat
il est mort, je crois
et je remplis mon réservoir
mine de rien
pour oublier cette cruauté
dont on est plein
malgré soi
Mercredi 7 mai 2014
Evidences sur fond d’évier encombré de vaisselle sale
En me réveillant d’une mauvaise nuit
faisant suite à une mauvaise journée
j’ai pensé que la vie n’était
ni plus ni moins
qu’un parcours du combattant
En tournant le robinet
au dessus de la vaisselle sale
je me suis ri au nez
Qui étais-je pour oser me plaindre
alors que je pouvais avoir de l’eau
aussi facilement que ça
Et puis, il faut bien l’admettre
j’avais survécu à tout le reste
jusqu’ici y compris à la mort
qu’on a voulu me faire goûter
avant même que je sois née
Mardi 6 mai 2014
On
fait comme si elle s'appelait Jennyfer
Elle est vachement
jolie ! il me dit.
Elle est vachement gentille, j’ajoute.
Elle fait pas de manière quand elle arrive le matin. Elle passe devant
nous. Un sourire. Bonjour, vous allez bien messieurs ? Alors
évidemment, dans la lumière douce de ses yeux-qui-ne-nous-fuient-pas, on
se sent comme du café sur un réchaud : frémissant. On va bien. Oui, on
va même très bien !
Elle bosse dans la boutique, juste à côté d’où on crèche. Chez Jennyfer.
On n’a jamais osé lui demander son prénom, alors on fait comme si elle
s’appelait Jennyfer. Et parfois on se dit, Tiens, on l’a pas vu passer
ce matin, la petite Jennyfer ! Quel jour on est? On ne sait plus trop.
On se dit que ce doit être son jour de repos, certainement. Mais non,
putain, c’est dimanche, regarde, tout est fermé ! C’est pas facile de
suivre les articulations de la semaine quand on n'a pas de calendrier
accroché au mur. Quand on n'a pas de mur où accrocher un calendrier. Le
problème est réversible à l’infini quand t’habite dans la rue.[]
[Lire la suite sur le site de la
RevueMétèque]
Lundi 5 mai 2014
J'emmerde l'ailleurs même si l'herbe est plus verte
On
poétise la mort
à trop croire que la vie
ne rime à rien
J’ai éteins mes paupières aux premières lueurs du jour glissant sur le
campement. Emmêlée dans deux couvertures polaires, une orange, une
bleue. Emmêlée dans un crêpe dense de pensées et d’émotions. La
guirlande rose est restée allumée. Les araignées sur le mur descendaient
et remontaient. J’ai pensé un moment qu'elles risquaient de venir me
cavaler dans le gosier, rapport à cette légende urbaine affirmant qu’on
avale au moins une centaine d’araignées au cours de sa vie durant notre
sommeil. Mais j’ai vite oublié l’inquiétude, diluée dans la douceur des
moments partagés. Le chat est venu se coucher sur mon ventre. J’ai pensé
à ta main, elle s’est glissée dans mes rêves jusqu’au matin tout proche,
un peu plus tard, quand je me suis réveillée. Les mouches tournaient,
agacées. Dehors le ciel soufflait. Au dessus de la vapeur de thé, j’ai
partagé le calme du lendemain avec Marie. Le gâteau au citron recouvert
de Nutella. Un régal. Les lèvres un peu gercées, cette sensation de
flottement qui vient souvent après la vague d’émotions. Je me suis dit
que les choses simples et douces avaient la saveur inimitable des
bonbons volés.
[La Bastidonne 2 mai 2014, photo Marlene T.]
Vendredi 2 mai 2014
"I am alone in my room, between two worlds."
[Sylvia Plath]
A pieds joints
dans le ciel de Portland
Derrière l’écran de la fenêtre, le film sans parole des jours gris. La
danse des parapluies et des souliers évitant les flaques. Et moi,
qu’est-ce que j’évite, au juste ? J’évite l’impact. J’évite tout ce qui
touche.
Le ciel a la même couleur que celui de Portland, sur cette photo
punaisée à côté du miroir. Une image papier glacée en forme de rêve
lointain. Trop loin sans doute pour qu'un jour je me décide à ne plus
suivre la cadence molle de ceux qui ont peur de se mouiller. A cesser
d’habiller mon existence d’un costume étriqué. A oser enfin regarder en
face les ombres qui s’amusent de ma peur.
Derrière l’écran de la fenêtre, le film sans parole et dans ma tête des
rêves empilés comme mille livres jamais écrits. Je tire le rideau, je
prends un stylo sans mine, j’enlève mes chaussettes, je n’écoute surtout
pas la voix de la raison, cette salope castratrice, je roule mon
pantalon jusqu’aux genoux et je m’en vais, loin tout près, faire dévier
la pluie, patauger dans le caniveau, sauter à pieds joints dans le ciel
de Portland.
Au début, il y a eu le vide, un vide encombrant
Dix ans déjà que tu n’habites plus ta peau
La chute vertigineuse du temps
L’inutile attente et, bien sûr
l’espoir depuis longtemps émietté à mes pieds
Un tas de petits flocons pâles
impossible à disperser
mais qui s’irisent parfois
quand ton absence devient palpable
quand l’univers entier semble vouloir t’incarner
Alors, je serre le vent dans mes bras et
je peux sentir les plis de ton vêtement et
l’odeur tiède de ton cou
Alors, j’ai quatre mains
j’ai deux cœurs
je suis toi et moi à la fois
je passe ma langue sur la nacre humide
de nos sourires
Lundi 28 avril 2014
Retourner la vie
comme une chaussette
S’amuser à rater les trains
à dévier les regards
à faire dérailler le temps
à détricoter patiemment les idées
pour en faire des pelotes de rêve
devenir assez léger pour ne plus
laisser de trace de pas dans la neige
transformer le jeudi en dimanche
tisser de drôles d’évidences
sur le canevas tendu d’une nuit blanche
à lécher la soie rêche
de lèvres gercées
par trop de baisers
imaginaires
Dimanche 27 avril 2014
L'humeur du dimanche : Be yourself
Samedi 26 avril 2014
J’emmerde la valeur
Ce qui compte
vraiment
ne se compte pas
[Photo Marlene T.]
Jeudi 24 avril 2014
Tromper l'ennemi
Parfois
j'enfile un sourire
en guise de tenue de camouflage
Comment parle-t-on à un vêtement
qui ne veut rien entendre ?
Quand je pense à papa
ça fait comme un habit vide
suspendu au porte manteau
Un vêtement oublié
qu’on n’ose pas déplacer
ni porter
ni flairer
qu’on effleure parfois
à la dérobée
en fermant les yeux
pour goûter au rêche du tissu et à l’âpre
d’une voix qu’on voudrait bien entendre
encore une fois
pour laisser un instant les souvenirs
dévorer le présent
[Rennes octobre 2013, Photo Marlene T.]
Mardi 22 avril 2014
Les
clous ne sont plus ce qu’ils étaient
J’ai rencontré Dieu
dans une rue
placardé à un mur
en béton
son pied coincé
sous une affiche
déchirée
publicité pour slips
Eminence
gris
j’ai caressé le clou
qui retenait son pied
par erreur
et ce n’est pas vraiment
à la religion que j’ai pensé
mais les voix du seigneur
m’ont semblé presque
aussi impénétrables
que mon intimité
Le chagrin
c’est ce truc qui
te lave les yeux
mieux que personne
Une grande marée
qui déblaierait la plage
Tu chiales comme un gosse
et les autres ricanent
comme des mouettes
C’est vrai quoi
c’est pas décent un adulte
plein de larmes
N’empêche
tes yeux rincés
font des arcs en ciel
et voient des couleurs
que le monde entier semble
avoir oublié
Jeudi 17 avril 2014
4
recueils de poésie au prix d'une bière et d'un demi-ballon de foot
Quand
François-Xavier Farine parle de poésie, il en parle bien (quand
il en écrit, de la poésie, il le fait tout aussi bien). Non, je ne dis
pas ça parce qu'il apprécie mes
J'emmerde... D'ailleurs, j'emmerde la flatterie, l'hypocrisie
(enfin, toutes ces choses qui ont à voir avec la fausse bienveillance
intéressée). Et en plus, dans cet article, FX parle aussi de Thierry Roquet,
Frédérick
Houdaer et
Jean-Marc Flahaut, trois auteurs présents de mon top ten des
poètes contemporains (alors, forcément, ça fait plaisir!)
[Cliquer sur l'image pour lire la chronique en
intégrale]
Mercredi 16 avril 2014
J'emmerde les paradoxes
Tout le
monde semble avoir
tellement de choses à dire
à propos du silence
La
cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne,
Ô civilisé, ôte-là si tu veux bien respirer
[Lille mars 2014, photo Marlene T.]
Mardi 15 avril 2014
J'emmerde les petites économies
Voler
deux heures au jour
et les dépenser en banlieue
de la réalité
[Un des petits derniers, inédit]
Tapis volant
[Valence, photo Marlene T.]
Lundi 14 avril 2014
Ce
qui s'efface sans disparaitre
Ecrire
le jour
avec la pointe des pieds
trempée dans l'encre des flaques
Dimanche 13 avril 2014
L'humeur du dimanche : Hello, my name is Tim
Samedi 12 avril 2014
L'éternité est inutile...
...
mais il y en a certains qu'on souhaiterait éternels.
«
Travestir le temps qui passe et qui nous reste hostile pour soi-même
demeurer et, par la minuscule faille dans l'écorce des jours, dérober un
brin de folie pour enfin respirer un air de liberté, voilà bien le seul
programme digne de tenir l'affaire une vie durant, non? »
[Pierre Autin-Grenier]
Vendredi 11 avril 2014
En
mai, fait ce qu'il te plait (à St Aubin du Cormier)
Et la
veille, je serai à Vitré avec Marianne et Pascale Goze (Editions
Lunatique) dans le cadre d'une lecture/rencontre au
Barravel.
Jeudi 10 avril 2014
Billy Childish !
Mercredi 9 avril 2014
Printemps
Ce jour-là, j’étais allée faire les courses. A chaque fois, je me perds
un peu dans les rayons. Tellement de monde, de bruit, de lumière, de
boites empilées. Et tous ces gens qui ne me voient pas. Piocher des
produits, ne pas se laisser distraire, vérifier sur la liste. Slalomer
pour éviter la collision. Je déteste faire les commissions.
Ce jour-là, c’était au printemps, ils avaient eu un arrivage de pots de
fleurs. De toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les
couleurs. Un éventail de possibilités absolument fascinant. Alors, j’ai
perdu le contact avec la réalité. Dans cet autre monde imaginaire, je
n’avais plus besoin de dentifrice, de céréales, de beurre, de lessive,
de stylo à pointe fine. Dans ce monde-là, j’avais des fleurs à rempoter,
un nouveau décor à planter. J’ai rempli le caddie de poteries. Il y
avait une grande vasque couleur lilas. J’y mettrais un pommier je le
regarderais fabriquer lentement ses fruits. J’ai chargé le coffre de la
voiture et je suis rentrée.
La réalité est revenue immédiatement piétiner mon monde imaginaire.
J’aurais pu pleurer là, dans l’entrée, dans les pots de fleurs empilés,
mais il y avait le dîner à préparer sous le regard moqueur du frigo
vide. J’ai fait un gratin avec un reste de nouilles froides. Jacques
n’aime pas les restes. Il prétend que c’est une manière de gens pauvres.
Ce soir-là, dans le lit, il m’a dit « Tu ramèneras tout ça demain ! Tu
pensais en faire quoi ? On n’a même pas de balcon ! » Puis il a éteint
la lumière. J’en ai profité pour pleurer, maintenant que je n’avais plus
rien d’important à faire. [La femme invisible, en
cours...]
Mardi 8 avril 2014
Music !
Parfois, aussi, je commets des chroniques musicales pour les copains
Valentinois de
Casbah Records. La dernière parle de The Strypes, ces
quatre gamins lookés comme les Blues Brother qui jouent du rock à papy
avec une gouaille et un punch déconcertant. [A
lire ici]
Et, quelque temps avant, c'est du diamant noir "Who cares" de Jessica
93 dont j'avais fait l'éloge à ma manière [A
lire là]
Lundi 7 avril 2014
Paquet cadeau
Le train fend le brouillard, il avance vers un nulle part qui pourrait
bien être partout. Dans le brouillard, tout est invisible et plus
seulement moi. C’est peut-être ce qui me rassure. A moins qu’il n’y ait
ce petit plaisir enfantin, la surprise de découvrir le paysage sous le
papier blanc de la brume. Cette impression étrange de déballer le lieu
comme un paquet cadeau.
[La femme invisible, en cours...]
Je monte dans le train. Le premier qui s’apprête à partir. Peu importe
où il va. Je n’ai pas de billet. Trouver un contrôleur. Lui expliquer,
lui mentir, lui sourire. Il m’imprime un titre de transport valide sur
sa petite machine portable. Je range ma carte bleue et le remercie. Il
me « pas de quoi » par habitude. Ses yeux, juste là, presque dans les
miens, mais… Je connais ce genre de regard. Les regards qui ne regardent
pas. Ses yeux passent au travers de moi sans ralentir leur course. Comme
si je n’étais pas assez consistante pour cacher le paysage. Ses yeux
s’en vont et laissent une petite blessure invisible de plus.
J’avance dans le train à contre-sens, j’arrive en voiture sept. Wagon
lit. C’est la première fois que je voyage en train de nuit. Dans le
compartiment, une vieille dame installe méticuleusement ses affaires sur
la couchette du bas. Je la salue. Elle ne me répond pas. Semble ne pas
me voir. Elle ôte ses escarpins et s’allonge. Je lui souhaite une bonne
nuit et grimpe sur la couchette du haut. Elle ne me répond pas. Je me
demande si je suis vraiment là. Comment faire la différence entre le
réel et mon imagination ?
[La femme invisible, en cours... ]
Jeudi 3 avril 2014
Partir
Ce n'est pas ma
première gare. Il y en a eu bien d'autres, toutes celles dont je ne
partais pas. Celles où je venais parfois regarder ceux qui s'en
allaient. Aujourd'hui, c'est mon tour de partir. Quelque chose vibre à
l'intérieur de ma machinerie. J'ignore ce qui a changé. Peut-être ne
devient-on quelqu'un que le jour où on trouve la force de partir, même
si c'est pour nulle part. [La femme invisible, en
cours... ]
Suspendre le temps qui passe
à une corde à linge
[Janvier 2014, photo Marlene T.]
Mardi 1er avril 2014
Du
mauvais côté du lit
Elle m’a dit : Je
prends le côté fenêtre. J’ai senti qu’il valait mieux ne pas la
contrarier. Besoin d’air, qu’elle a ajouté. Ca avait le mérite d’être
clair.
C’était un petit hôtel, pas tape à l’œil. Le genre d’endroit assorti à
mon portefeuille. Week-end en Normandie. Sans les enfants. Pour qu’on se
retrouve en amoureux espérais-je. Histoire de se ressourcer qu’elle
avait dit. Je gagne pas assez pour lui offrir les thermes de St Malo.
Sans doute pour ça qu’elle sourit de moins en moins. Qu’elle hausse si
souvent les yeux au ciel quand on discute. Alors on parle peu elle et
moi. On évite les conflits. J’ai jamais aimé les conflits. Ils forcent à
voir ce qui va de travers.
Je me suis allongé côté porte. Pensant que je devrais sans doute la
prendre, la porte. Ou bien ma femme. C’était peut-être ce qu’elle
attendait, ma femme. Que je prenne l’une ou l’autre. Je ne sais pas. Je
ne sais plus. C’est vrai que je deviens de moins en moins entreprenant.
[La
suite chez la revue Métèque]