This is a cloud of smoke
Trying to occupy space

 

 

I Didn't Understand, Elliott Smith



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Vieilleries

 


 

[L'auteur]

Marlène TISSOT est venue au monde inopinément. A cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu'il n'y avait pas de mode d'emploi. Sait dorénavant que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu'elle a dix-ans-et-demi et capture des images depuis qu'elle a eu de quoi s'acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais sait mettre un pied devant l'autre et se brosser les dents. Ecrira un jour l'odyssée du joueur de loto sur fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l'instant se consacrer à des sujets un peu moins osés.

PS : J'ai aussi un petit oiseau bleu, pas du genre qui palpite dans la cage thoracique, mais du genre que je nourris assez peu, du genre qui fait un peu ce qu'il veut, il n'est pas dans une cage et les fils à la patte, c'est pas mon truc... N'empêche, j'ai un petit oiseau bleu.

 


 

[Bibliographie]

 

[Voir la liste complète ICI]

 

J'emmerde...

Editions Gros Textes

 

 

 

Sous les fleurs de la tapisserie

Editions Le Citron Gare

Illustrations de Somotho

 

 

 

Mailles à l'envers
Editions Lunatique, collection Romans

Primé au festival Premier Roman de Laval
 


Sélectionné pour représenter la France au Festival Européen du premier roman à Kiel


 

Les choses ordinaires
Kiss My Ass Editions
 

 

 

Mes pieds nus dans tes vieux sabots bretons, collection 8pA6 de La Vachette Alternative


 

 

Nos parcelles de terrain très très vague, Éditions Asphodèle, Collection Minuscule

 

disponible également via Fnac, Chapitre, Amazon, Place des Libraires
 

 

London Trip Diary, At Home Editions

 


disponible via

 

 

Celui qui préférait respirer le parfum des fleurs, collection 8pA6 de La Vachette Alternative

 



[Voir la bibliographie complète]
 



 

[Parutions en revue]

 

A la dérive - L'Angoisse - Borborygmes - Cabaret - Charogne - Chos'e - Coaltar - Cohue - Comme en poésie - Dissonances - Diptyque - Freak Wave - Interlope - Interruption - I.H.V - Katapulpe - L'Ampoule - L'Autobus - Le Chant du Monstre - Les Cahiers d'Adèle - Les tas de mots - Levure Littéraire - Mauvaise graine - Microbe - Magnapoets - Népenthès - Nouveaux Délits - Poésie/Première - Revue Squeeze - Traction Brabant - Trace écarT - Le Zaporogue 


 

[Participations]

 

CroutOthon - FPDV - Le Quotidien des Martyrisés - Les 807 -  Les Etats Civils - Les Histoires Noires - OnLit - Sistoeurs.net - Vents Contraires - Vous dites ? 
 



[Email]

 

marlene.tissot@gmail.com
 

[Marlène ailleurs]

 

Sur Flickr
Sur DIYZines
Sur Vents Contraires

Sur On Lit

Sur Les Etats Civils
Sur Sistoeurs.net
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[Liens]


 

[Note]

 

Licence Creative Commons
Les textes et photos de Marlene Tissot sont mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 France.
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Lundi 30 juin 2014

All you need is love

Ça lui a pris comme ça. Il a dit, « Quand j’étais môme, on allait pêcher tous les dimanches avec mon père. » J’en avais entendu des choses sur son enfance, mais il ne m’avait jamais parlé de ça. « Aller, viens, on y va », il a fait. « Où ça », j’ai demandé ? « Acheter le matos, pardi ! »

C’était un samedi matin. Presque midi. On a quitté le bistrot de la place du marché. Jean avait déjà un sérieux coup dans le nez. Le truc bien, à l’époque où on vit, c’est que tout est ouvert, tout le temps, même pendant midi. Comme si les gens qui bossaient dans les magasins étaient des petits robots qui ne mangeaient jamais. Bref, on est arrivé chez Décathlon. Jean a chopé un vendeur. Il lui a expliqué ce qu’il nous fallait : « Tout le matériel nécessaire, et le meilleur ! ». « Pour un budget raisonnable », j’ai ajouté. Jean m’a jeté un regard de travers. « Quand tu ramèneras un salaire à la maison, tu pourras l’ouvrir », il a dit. J’ai fermé ma gueule, évidemment. Le gars en gilet bleu – Mathias, c’était écrit sur son badge – jubilait. Un macho bourré prêt à craquer son salaire pour aller à la pêche, sûr que ça faisait sa journée !

On est rentré à pas d’heure avec plusieurs kilos d’équipement. On devait aller camper au bord de la rivière pour être sur place dès l’aube. Dormir dans une tente, ça m’enchantait pas des masses, mais j’ai pas moufté. Quand Jean est tout excité comme ça, vaut mieux pas le contrarier. J’ai mis le poulet rôti à réchauffer au micro-onde et quand je lui ai apporté son assiette, il m’a fait un geste de la main « Pas maintenant, j’ai pas faim. » Il s’enquillait des bières sur le sofa en lisant les notices d’utilisation. J’ai mangé mon poulet à la cuisine en lisant un magazine où, sur chaque page, une photo de fille me faisait me sentir un peu plus moche. Finalement, j’ai décidé d’aller préparer quelques affaires pour le soir, des vêtements de rechange, un pique-nique, un thermos de café, de la crème anti-moustiques.

Quand je suis redescendu, Jean roupillait sur le canapé. Je l’ai laissé se reposer un moment. À la fin de la journée, je l’ai secoué un peu mais il n’a pas bronché. J’ai allumé la télé pour passer le temps, en montant le son histoire que ça le tire de sa torpeur. La nuit commençait à tomber, alors j’ai secoué Jean de nouveau, mais rien à faire, il continuait de ronfler. Je me suis décongelé un croque-monsieur puis je suis allée prendre un bain. Comme Jean faisait pas mine de reprendre conscience, je suis allée au lit. Il était pas encore sept heures quand il a déboulé le lendemain matin, furibard. Il gueulait comme un putois parce que j’avais foutu en l’air sa partie de pêche, et pourquoi je l’avais pas réveillé, bordel ? Je lui ai rétorqué que j’avais essayé et pas qu’une fois. « T’as pas essayé assez fort ! » il a braillé, puis il est allé prendre deux aspirines en grognant que je ferais bien de me remuer, parce qu’on y allait, tant pis pour l’heure. Je me suis habillée pendant qu’il chargeait la voiture et on a pris la route, pied au plancher. Évidemment, on n’a pas attrapé le moindre poisson et Jean était d’une humeur de chien. Il disait que tout ça, c’était de ma faute. Il pouvait bien me jeter des regards noirs, ça me faisait ni chaud ni froid. J’attendais que sa colère passe. Ça finit toujours par passer.

Lundi matin, pendant la pause, je racontais à Sylvie, une collègue, le désastre du week-end, quand Martin s’est approché. Il a posé sa main sur mon épaule et m’a regardé avec sa paupière de tombeur. « Tout ce dont tu as besoin, c’est d’amour. » il a dit.
Je lui ai répondu que j’avais juste envie d’aller me balader au bord de l’océan. Il n’a pas proposé de m’y emmener. Quelques jours plus tard, il couchait avec Sylvie et elle n’a pas eu besoin de s’en vanter. En trois jours, tout le monde était au courant au bureau. Elle avait l’air déprimé. Mais ça aussi, ça finirait par passer.
J’ai mis en vente la tente et le matériel de pêche sur ebay. Jean a fait comme s’il n’en savait rien. Le jour où il sera mal luné, il prétendra que c’est un motif de divorce. J’espère que pour une fois il ira au bout de son idée.
[Life is a Beatles song #15]
 


 


Dimanche 29 juin 2014

L'humeur du dimanche : Souriez


[Paris juin 2014, photo Marlene T.]
 


Vendredi 27 juin 2014

Hello Good Bye

Vous savez, moi, les voisins, à part « Bonjour, au revoir » je leur cause pas beaucoup. Si j’avais pu me douter... Elle avait pas l’air cinglée, pourtant, miss Sourire. Je l’appelais comme ça à cause de son air toujours joyeux. Ma femme disait « Tu peux pas l’appeler Nathalie, comme tout le monde ? ». Non, je pouvais pas. Enfin, bref, elle avait l’air normal. Je veux dire, elle sortait ramasser son courrier, elle taillait son rosier. Elle avait même un chien. Bob, il s’appelait. Et puis, elle portait des robes, du maquillage, comme n’importe quelle femme, pas comme ces... enfin, vous voyez ?
Et ce matin, je trouve une lettre de ma femme à côté de la cafetière. Elle n’aurait jamais écrit des trucs pareils, ma femme. Sauf sous la menace, c’est sûr. Elle devait avoir un flingue braqué sur la tempe pour écrire ça. Non mais c’est insensé, regardez ! Regardez ce qu’elle dit. Je vous assure, elle a toujours aimé ma bite, Josy. C’était pas le genre de femme capable de simuler. Alors pourquoi elle aurait foutu le camp avec la voisine, hein, dites-moi ? Elle serait tombée amoureuse, comme ça ? J’y crois pas une seconde !
Je vous le dis comme je le pense : elle s’est fait enlever. Y’a pas d’autre explication possible. Ah mais vous pouvez rire, vous ferez moins les malins quand je recevrai une lettre de rançon. Bordel, va falloir que je me remette à faire des heures sup’ et que je vende ma Peugeot. Ouais, vous voyez, je suis prêt à tous les sacrifices pour récupérer ma Josy. [Life is a Beatles song #14]



 


Jeudi 26 juin 2014

Du Chien sans l'faire exprès

Maud Saintin, écrivain (son dernier roman "Moi non plus" est un petit bijou) et auteur-interprète du groupe MonMec, anime également l'émission "Du chien sans l'faire exprès" sur Radio Clapas à Montpellier. Dans la dernière de la saison, juste avant de partir vers l'été, elle m'a fait la belle surprise de parler de "J'emmerde..." paru en mars aux éditions Gros Texte. [Podcast de l'émission]

 


Mercredi 25 juin 2014

Jouer à la poupée

Elle aime aller au cimetière, regarder les noms sur les pierres et inventer des histoires aux disparus. C’est un peu comme jouer à la poupée. Les morts sont dociles. Ils se laissent déshabiller de leur passé et rhabiller de n’importe quel costume, même s’il est mal ajusté. Elle s’invente une nouvelle famille, immense et merveilleuse et ça lui donne envie d’en être digne, envie de vivre mieux, de vivre pour eux. ["La femme invisible", extrait, en cours...]

 


Mardi 24 juin 2014

J'emmerde la magie [new]

Je suis passée maître
dans l'art
de la désillusion


This is so unreal


[Paris juin 2014, photo Marlene T.]
 


Lundi 23 juin 2014

Tisser tes doigts avec mes doigts

Quand tu baisses les bras
je laisse tomber
un cube de sucre
dans ma tasse de thé
et tes yeux glissent
le long d'un chemin
qui ne mène nulle part
je te suis et te pousse
à nous perdre
plus loin encore
on détricote le paysage
on régurgite des pelotes de non-dits
on réapprend le métier à tisser tes doigts avec mes doigts
il nous reste tout notre temps
et tant pis si tout n'est rien
tant pis si on ne connait pas
la durée du présent
ça le rend sans doute
encore plus précieux
 


Dimanche 22 juin 2014

L'humeur du dimanche : right and wrong (et vice versa)


[Source : Ici - From Elliott Smith Lyrics]
 


Samedi 21 juin 2014

Montagne russe

Des fois, ça me prend comme ça, dans des moments où je m’y attends pas, je coupe des tomates, je fais cuire du riz et j’ouvre une boite de thon et ça me prend. Ça me prend par le milieu du ventre pendant que je prépare une salade à la con et que l’étendue lisse de ma vie à la con m’apparaît dans toute sa largeur écœurante. Ça me prend, je reste juste là, un peu vide, à continuer ma petite chorégraphie au couteau en sachant pertinemment qu’elle ne mène à rien. Je continue parce que j’arrête jamais un truc au milieu, j’aime pas briser le mouvement. Je continue de préparer la salade, mais je ne suis plus vraiment là. Je pense déjà à foutre le camp et quand ce sera fini, tout ça, je vais foutre le camp parce que je n’en peux plus de toute cette petite paix poussiéreuse, des lessives étendues, des courses à Leclerc, des dvd du soir, des journées rigides, des rêves frigides. Faut que je respire, et je ne respire qu’en partant. À chaque fois, c’est pareil, je pars en croyant que c’est pour toujours. Je pars mais c’est comme monter sur un manège. Tu changes d’univers, le monde devient flou et beau, tu t’envoles, tu voudrais que ça dure toujours. Quand je pars, j’y crois, mais d’une certaine manière, je sais qu’à un moment j’aurais la nausée et que le tour s’arrêtera et qu’il faudra redescendre, mi soulagée mi à regret.

Je sais pas trop si je suis conne ou raisonnable. Soumise, résignée ou lucide. Je sais pas trop si j’ai envie de me foutre la gueule en l’air très vite ou crever à petit feu. J’ai jamais rien su décider. J’essaye un coup l’un, un coup l’autre sans jamais aller au bout de quoi que ce soit. J’ai le cul entre deux chaises et la démarche bancale. Je tourne en rond. Je finis par revenir. Revenir sur mes pas. Revenir au point de départ. Revenir couper mes tomates à la con et changer la housse de couette, et ranger la vaisselle et payer les factures. Je finis par revenir en sachant que je vais repartir. Je reviens parce que je ne sais rien faire d’autre que payer le prix, le prix d’un ticket de manège qui m’envolera de nouveau avant de me redescendre à la fin du tour. Parfois, je me dis qu'on a dû me fabriquer avec les ruines d'une montagne russe.
 


Jeudi 19 juin 2014

Chère Prudence,

Aujourd’hui, je te quitte.
Nous n’irons plus ensemble, je ne poserai plus mes pas dans le chemin paisible que tu prends tellement soin de me tracer. Je ne peux plus avancer sans cailloux pour tordre mes chevilles et mes idées. Aujourd’hui, c’est décidé, je vais où bon me semble, je pars à l’aventure, j’affronterai sans broncher la peur, la honte et même les regards torves. Plus rien ne me fait peur, j’en ai assez d’avoir peur. Toi, tout te fait peur et ce n’est plus possible de continuer ainsi. Nos chemins se séparent irrémédiablement. Il n’y aura ni regret ni chagrin. Je t’abandonne nos chers enfants, Inquiétude et Tempérance. Ne cherche pas à me retrouver, j’avancerai trop vite, trop fort pour toi. Tu te foulerais le cœur, tu t’essoufflerais l’âme à vouloir me courir après. Tu briserais tes nerfs fragiles.
Chère Prudence, aujourd’hui je te quitte.
Et tes bienveillants conseils, ta délicieuse sagesse n’y pourront rien changer. Je t’ai aimé un peu trop, je crois.

Adieu, chère Prudence.
[Life is a Beatles song #13]


 


Lundi 16 juin 2014

Revue L'Ampoule n°12
 

Ont participé à ce numéro :
Jean-Baptiste Dumont, Muriel Friboulet, Dominique Louyot, Jérôme Pitriol, Vlad Oberhausen, Neevh, Antonia Bellemin, KOWALSKI, Constance Dzyan, Lordius, Barbara Marshall, Fabrice Marzuolo, Anthony Boulanger, Pierre-Axel Tourmente, Marlène Tissot, Ana Birds, Jacques Cauda, Hugues Moussy, Francis Denis, Cécile Benoist, Marc Laumonier, Wladimir Lentzy, Xavier Bonnin, Céline Mayeur, Philippe Choffat, Audrey Tison, Cyril Calvo, Olivier Hobé et Édouard.k.Dive.

Pour le lire, c'est par ici.
 


Rêve à crédit

s'offrir quelques possibles
en hypothéquant
les hypothèses


Dimanche 15 juin 2014

L'humeur du dimanche : réviser ses classiques


[Source ici]
 


Samedi 14 juin 2014

Yellow submarine

L’amour, au fond, c’est une belle saloperie. Ça te fait croire que tu es le roi. Ça te donne l’impression que tu détiens un langage universel alors que tu ne parles qu’à toi-même et ta bouche avale l’autre et ton cœur dévore l’autre, l’ingurgite tout entier, tu le sens là dans ta peau. Et tu voudrais que l’autre ne se débatte pas, reste docile, se laisse digérer. Et tu ne comprends pas que l’autre ne comprenne pas. Tu as les sentiments qui tournent en vase clos et se mordent la queue.
L’amour, au fond, c’est un sous-marin jaune que tu prends pour un soleil parti briller ailleurs que dans le ciel, parti briller quelque part dans les flots démonté de ton palpitant. Un vaisseau blindé qui se dirige au radar et qui croit qu’on ne l’a pas vu arriver, et qui croit qu’il aura le dernier mot, et qui croit qu’il est plus fort que tout.
L’amour, au fond, c’est rien qu’un engin de guerre qui se prétend inoffensif.  [Life is a Beatles song #12]


 


Vendredi 13 juin 2014

Pleine et rousse


[Valence, photo Marlene T.]
 


Jeudi 12 juin 2014

Fixing a hole

Je me suis servi un verre d’eau au robinet et installée là, à l’ombre d’une idée en fleur qui ne porterait jamais ses fruits. C’était un mardi. Je crois que le lendemain, il a plu. J’ai étendu la lessive et quelques mots mal essorés. Des mots que je ne pourrai jamais te dire. Le silence, c’était pas faute de le fouiller, je n’y avais jamais trouvé d’or. Tout juste quelques caillasses qui pèsent sur l’estomac.
C’était un mardi, je crois. Ou, en tout cas, un jour comme un autre, vu de l’extérieur, quand on ne se fie qu’aux apparences. J’avais sans doute l’air tout à fait normal, tout à fait entière, mais ce jour-là, j’ai compris : ton absence avait laissé un trou gigantesque dans ma vie et je n’étais pas sûre de jamais parvenir à le réparer. Je n’étais pas sûre d’en avoir envie non plus.
[Life is a Beatles song #11]


Mercredi 11 juin 2014

J'emmerde la fibre (commerciale)

On nous vend du rêve synthétique
qui ne risque pas de rétrécir
au lavage (de cerveau)
 

[RQ: Les "J'emmerde" inédits s'accumulent tranquillement pour en faire, peut-être un tome 2, va savoir !
En attendant, le premier est toujours disponible chez Gros Texte ou en me le commandant directement. En prime, il est livré avec un chouette marque page décoré de l'illustration de Sarah Fisthole.]

 


Mardi 10 juin 2014

Dudesblood de Dan Sartain

"Le côté hybride et varié de l'album qui pouvait laisser craindre un résultat foutraque ou brouillon, livre au contraire un objet étonnant aux saveurs sonores vivifiantes" : une chronique à lire chez Casbah Record
 

Tournée lecture avec Christophe Siébert

Ces derniers jours, j'ai accompagné Christophe dans sa tournée pour la sortie de "La place du mort" dont il lit des extraits, planqué sous son masque et s'accompagnant de sons improbables et hypnotiques qu'il tire de deux petites machines dont j'ai oublié le nom... Ce fut une belle expérience, de chouettes rencontres, des lieux aux univers puissants et variés. (La Villa des cents regards, Manifesten, L'Asile 404, un appart' sous les toits Lyonnais...) Et tant pis si j'ai une voix merdique, si je suis raide comme un piquet, sans prestance et embaumée d'huiles essentielles aux vertus supposées anti-stress : c'était douloureusement bon de lire en première partie de Christophe (qui poursuit sa tournée à Clermont, Toulouse, Amiens et Lille, allez-y !)

Quelques images de la lectures à L'Asile 404
[Photos by Asile 404 et Mathias Richard]


et des extraits vidéos à voir Ici et
 


Mardi 3 juin 2014

La coquetterie d'une femme de pierre


[Valence juin 2012, photo Marlene T.]

" La véritable réalité est toujours irréaliste."
[Franz Kafka ]
 


Lundi 2 juin 2014

Mettre ma tête à cuire

La bouteille de gaz est vide. Je ne sais pas pourquoi cette idée me revient sans cesse en mémoire. Quand je suis partie ce matin, la bouteille de gaz était vide et ça m'a contrariée. Je ne me rappelle plus pourquoi. Peut-être que j'avais dans l'idée de mettre ma tête à cuire au four. [La femme invisible - Extrait]
 


Dimanche 1er juin 2014

L'humeur du dimanche : M'occuper de ce qui me regarde

"There is nothing more provocative than minding your own business." [William S. Burroughs]


["Danger Series" - Portrait of William S Burroughs in front
of the Théâtre Odeon - by Brion Gysin]
(Naked Lunch series, Paris Oct 1959)
 


Samedi 31 mai 2014

J'emmerde les bouches cousues

Les mots en l'air sont sans importance
c'est quand ils retombent
qu'il faut se méfier
 


Vendredi 30 mai 2014

Your mother should know

« Ma mère, elle a coupé le cordon avant ma naissance, elle s’en est fait un collier ou une corde pour me pendre ». Tu dis « Ma mère ». Tu dis que tu n’as jamais pu l’appeler maman, tu as essayé, mais ça sonnait faux. Tu dis, « j’aurais aimé qu’elle prenne le temps de faire de moi son enfant. Elle n’a pas su, n’a pas voulu. » Tu ignores comment t’y prendre avec la vie. Tu dis que ta mère ne t’a rien appris, qu’elle t’a laissé tomber du nid et que ça t’a brisé les ailes, le cœur, les rêves. Tu n’as envie de rien sauf des bras d’une mère et tu l’appelles, tu l’appelles sans arrêt pour qu’elle t’explique.
Tu dis que ta mère devrait savoir tout ce que tu ne sais pas. Une mère possède forcément toutes les réponses. Mais elle ne répond jamais. Ne répond même pas au téléphone. Tu laisses tes questions en suspens. Tes questions sur le répondeur. Tes questions qui s’entassent et t’encombrent et t’emprisonnent, seul avec ton chagrin qui se transforme parfois en rage.
Tu dis que ta mère devrait savoir qu’un jour elle finira dans une boîte. Elle ne pourra plus jamais s’enfuir nulle part. Tu garderas ses cendres dans une urne. Tu dis « Ma mère, elle va bien finir par crever et je pourrai enfin la garder près de moi pour toujours. » Ta mère devrait savoir qu’elle ne pourra pas échapper éternellement à ton amour qui se prend parfois pour de la haine, ou le contraire. [Life is a Beatles song #10]



 


Jeudi 29 mai 2014

Freakshow Comix 2

En 2013, L'Atelier TURUT, petite structure éditoriale basée à Soyons (Ardèche) a invité une quarantaine d'artistes à donner vie à des monstres, des créatures grotesques, mutantes, des métamorphoses et autres phénomènes étranges pour les rassembler dans un fanzine, le Freakshow Comix.
 


Nominé en janvier 2014 au Prix de la BD alternative, dans le cadre du 41e Festival International de Bandes Dessinées d'Angoulême, le Freakshow Comix a été présenté dans différents festivals, comme le FOFF (Angoulême), Qualité Féroce (Troyes), KRAFT (Nantes) et prochainement Vendetta (Marseille).

Encouragés par son succès, L'Atelier TURUT souhaite publier prochainement un second numéro. Celui-ci regroupera une partie des auteurs du premier et de nouveaux auteurs français et européens. Il sera davantage axé sur la narration, tout en conservant la qualité et la diversité graphique du premier opus.

Comme pour le premier numéro, les auteurs sont issus d’horizons aussi divers que la bande-dessinée, l’illustration, le graphisme, le cinéma d’animation, la littérature ou les arts plastiques. Pour soutenir le projet et découvrir un aperçu des différents travaux qui seront publiés dans le livre, c'est par ICI !

Freakshow Comix #2 : 112 pages - format 17 x 24 cm - couverture couleur à rabats - intérieur noir et blanc - impression sur papier Cyclus Offset 300 et 140g - couverture : Guillôme Radiôm

Avec la participation de :
Ajax, Alex-B, Atelier McClane, Rocío Álvarez, François Bertin, Biscotte, Pierre Bouvier, Laure Calé, CaptainCap, Jana Dobreva, Nicolas Fong, Yannis Frier, Goldendove, Pierre-Luc Granjon, Jean-François Hautot, Delphine Hermans, Heidi Jacquemoud et Emilie Harel, Joolz, Maxime Martin, David Myriam, David Prudhomme, Guillôme Radiôm, Samuel Ribeyron, Lisandru Ristorcelli, El Rotringo, Marlene Tissot, Jumi Yoon.

[Et dans ce n°2, je raconte l'histoire d'un cul oublié au bestiaire...]


Mercredi 28 mai 2014

Expériences à la Villa des cent regards

Mercredi prochain à Montpellier, soirée lecture avec Christophe Siébert à la Villa des cent regards, 1000 bis rue de la Roqueturière. Beware !

 


Mardi 27 mai 2014

When I’m sixty four

Il me parle de ses élèves, les autres, et je me demande s’il me regarde simplement comme une élève ou s’il parvient à m’imaginer autrement, à m’imaginer nue dans son lit. Il me parle de choses et d’autres, la météo, la politique, la couleur étrange des yeux de son chat, les horaires de bus, les affiches de cinéma. Il me parle comme s’il tentait de construire un mur de mots entre lui et moi. Les mots, même épais, ne me font pas peur. Ils se traversent d’un battement de paupière.
Il se tait quelques instants, balaye le paysage du regard, la rue, les passants, les platanes, les oiseaux, nos tasses de café sur la petite table en faux marbre. Il sourit au serveur puis glisse précautionneusement ses yeux dans les miens en prenant soin d’effacer son sourire. Il me dit « Quand j’aurais soixante quatre ans, tu en auras à peine trente. », comme on prévient un enfant, en espérant le décourager, qu’il aura mal au ventre s’il mange trop de bonbons. Je hausse les épaules parce qu’il est tout à fait possible qu’il n’atteigne jamais soixante quatre ans ni moi trente. Parce qu’il est tout à fait possible qu’il se passe quelque chose entre nous. [Life is a Beatles song #9]
 


 


Lundi 26 mai 2014

Drive my car

C’était la première fois que tu me laissais conduire ta voiture. J’ai fait semblant de considérer ça comme un honneur bien que je n’y comprenne rien à ton amour pour ce tas de ferraille. Toujours à la lustrer, à lui cajoler le cœur et autres organes huileux qu’elle planque sous son capot. Tu l’aimais comme une Chevrolet de collection, comme une actrice Américaine, alors je me suis installée au volant avec la délicatesse requise. Tu as souri en me voyant régler le rétroviseur et caler le siège à la bonne distance. Puis nous sommes partis. Tu parlais en observant mes gestes mine de rien. Je ne quittais pas la route des yeux. Il me semblait qu’à chaque instant, un drame pouvait survenir qui m’aurait fait égratigner ton trésor. Alors, tu m’aurais détestée et je voulais juste que tu m’aimes comme tu aimes ta voiture.
Nous roulions vers la mer. Dans le coffre, une tente et tout ce dont nous aurions besoin pour le week-end. Tu me parlais de ces deux jours dans la nature comme d’une aventure. Nous jouerions aux Robinsons, tu n’étais pas certains de savoir allumer un feu. Je hochais la tête de temps à autre, concentrée sur la route et le ronron du moteur. Puis j’ai vu ce bolide arriver dans le rétroviseur et mon dos s’est crispé sous la morsure du cerveau reptilien. Le petit coupé rouge fonçait droit sur nous et se rapprochait dangereusement. J’ai accéléré, sans m’en rendre compte. Tu m’as suggéré de ralentir un peu, mais il y avait toujours l’autre à nos trousses et je continuais d’appuyer pour tenter de lui échapper. Tu t’es retourné. Dans le rétroviseur, notre poursuivant a mis son clignotant pour nous dépasser. J’ai continué d’accélérer. L’autre a entrepris de nous doubler, mais j’étais pied au plancher et il peinait un peu, coincé à notre hauteur. En face, un camion arrivait. Le coupé rouge a klaxonné, le camion a klaxonné, tu m’as dit « Ralentis, bordel ! » Mais je n’arrivais pas à lever le pied. Le bolide est parvenu in extremis à se rabattre devant nous avant qu’on ne croise le camion et ça m’a agacé. Tu tremblais. « Ce connard nous a fait une queue-de-poisson ! » j’ai dit mais toi, tu as commencé à me crier dessus et j’ai horreur de ça. Quand on me crie dessus, je ferme les écoutilles, je passe en mode sous-marin. J’entendais à peine tes éclats de voix en sourdine. Je me répétais « Queue-de-poisson, queue de poisson, queue de poisson », en pensant aux sirènes et à la mer qui approchait. Quand j’étais môme, je rêvais souvent que je me transformais en sirène. Le moment était peut-être enfin venu d’enfiler ma queue-de-poisson. Tu as tiré sur le frein à main, ta voiture a perdu le nord et je suis partie nager à travers le pare-brise.
[Life is a Beatles song #8]
 

Drive my car

 


Dimanche 25 mai 2014

L'humeur du dimanche : White rabbit


[Dessin : Fallen Angel]


Don't panic : It's towel day !


[Clin d'oeil à Douglas Adams]
 


Jeudi 22 mai 2014

Demain et après demain
 


Mercredi 21 mai 2014

The long and winding road

J’ai vu un chien aujourd’hui. Il m’a montré ses dents, pourtant, je ne suis pas dentiste. C’était une sale journée, aujourd’hui. Du genre vraiment pas propre. L’aspirateur a craché ses poumons, le ciel était plein de moutons, l’eau du bain était froide – pisser dedans n’y aurait rien changé – les yaourts étaient périmés et moi aussi, je crois – tu veux me goûter pour vérifier ou tu as peur que je t’empoisonne ? Parfois, je t'empoisonne l'existence.
Je sais. Je sais que tu sais que je ne sais pas comment m’y prendre pour plier la vie comme un drap lisse et la ranger dans mon cœur. Je froisse tout. Toi, tu es du genre droit, comme une highway tendue vers l'horizon, du genre à penser que la beauté du paysage dépend de la cylindrée de la bagnole que tu conduis. Alors que j’imagine plutôt que ça a à voir avec la place du mort, le sursis et les pannes à répétition sur la route longue et sinueuse du quotidien.
[Life is a Beatles song #7]


The long and winding road


 


Mardi 20 mai 2014

Parce que (papa)


[Via Poetry Button]
 


Lundi 19 mai 2014

Strawberry fields forever


« Je sais pas si c’est à cause du printemps, dit Julie, mais j’ai envie d’avoir un enfant. Ou alors, c’est à cause des fraises. Elles sont dégueulasses, d’ailleurs, tu ne trouves pas ? »
Laurent hoche la tête. Julie pose sa cuillère et soupire.
« N’empêche, j’ai envie d’avoir envie de fraises. J’ai envie d’avoir un bébé dans mon ventre. Viens ! »
Elle se lève, le prend par la main et l’entraîne dans la chambre. Il se laisse faire, se sent un peu con, comme ça, avec son silence et son angoisse.
Elle tire les rideaux, tire les draps. Laurent regarde le lit, docile. Elle s’approche de lui et tire sur la chemise, la ceinture, l’élastique du slip, tire ses cheveux. Il est là, nu et empoté comme un comédien qui n’aurait pas appris ses répliques, se sent un peu con avec sa bite en berne et ses mains moites. Pourtant, Julie est persévérante et, vraiment, il voudrait bien lui faire plaisir. Alors il essaye de penser à des trucs cochons, des gros nichons, des filles en photo avec les cuisses écartées. Mais rien à faire, l’idée du bébé prend toute la place dans sa tête. Impossible de bander.
« Désolée… » il murmure. Julie lui sourit. « T’inquiète pas, tu seras plus en forme ce soir. » Il hoche la tête. Mais ce soir, il sort acheter des clopes et il ne rentre pas. Il ne rentre plus jamais.

Les années passent. Les printemps se succèdent, les femmes également. Laurent ne sait pas tout à fait les aimer comme il faudrait, en tout cas, pas comme elles espèrent. Il essaye, pourtant. Il essaye une fois encore, avec Natacha. Et il voudrait bien qu’elle ne lui donne pas envie de partir, comme toutes les autres. Mais un dimanche matin elle lui murmure à l’oreille son envie de fraises. « Je suis peut-être enceinte...» elle dit en riant. Il rit aussi, un rire mal imité, et il entend le bruit dans sa tête, le bruit du moteur qui chauffe juste avant le départ.

Il va s’en aller, une fois de plus. C’est plus fort que lui. Il ne fera plus que ça, désormais. Rencontrer des femmes et puis s’en aller, très vite, bien avant qu’elles aient l’idée de parler de fraises. Ras le bol des fraises ! Et un jour il croisera Natacha, elle le giflera en pleine rue. « C’était une plaisanterie, connard ! ». Et un autre jour, il croisera Julie avec un enfant accroché à chaque main. Elle ne le reconnaîtra pas. Il décidera de lui trouver un air épanoui, ce sera plus facile. Et un autre jour, il essaiera de croire « Je suis peut-être plus lâche mais certainement moins salaud que mon père. » Alors, il décidera de s’allonger dans un champ de fraises pour toujours.
[Life is a Beatles song #6]


Strawberry fields forever

 


Dimanche 18 mai 2014

L'humeur du dimanche : Rester convenable et faire marrer tata

 


Samedi 17 mai 2014

Why don’t we do it on the road

Je peux pas vraiment dire qu’on ait été témoins. Enfin, lui, peut-être, mais moi, j’étais pas en position d’y voir grand-chose. On s’est arrêté là par hasard, un peu dans l’urgence. Pas pour faire le plein d’essence ni à cause d’une panne, non, c’était juste pour...
Le truc c’est qu’on roulait vers la Bretagne, tranquille, en comptant les étoiles, presque aussi nombreuses que nos rêves, presque aussi lumineuses, et, je sais pas pourquoi, j’ai glissé ma main dans son pantalon. Il s’est dressé immédiatement.
Il m’a dit « Attends, il y a une aire de repos dans quelques kilomètres. »
« Pourquoi on le ferait pas sur la route ? » j’ai proposé.
Mais il avait peur de perdre le contrôle du véhicule, de perdre le contrôle tout court.
Je l’ai gardé dans ma main, comme un levier de vitesse, en attendant de passer au régime supérieur. Puis il a bifurqué ici et s’est garé. J’ai déboutonné son pantalon et attaché mes cheveux avant de poser ma tête sur ses cuisses. Je ne sais pas pourquoi. L’idée m’est venue comme ça. C’était la première fois dans une voiture. Je trouvais que ça ressemblait à une scène de film américain et j’aimais bien. Je l’entendais soupirer. J’aurais pu continuer des heures. Pourtant, d’habitude ça me lasse assez vite. J’ai entendu une portière claquer pas très loin et des voix en sourdine, mais je me foutais qu’on nous voie. Je le sentais se cambrer et s’enfoncer dans ma bouche jusqu’à presque m’étouffer. Puis d’un seul coup il a dit « Bordel, ça va exploser ! » et je me suis demandé si j’allais pouvoir tout avaler. Mais il m’a attrapée par les épaules pour me relever, j’ai vu les flammes et l’instant d’après la pompe à essence s'est envolée comme une fusée. Le bruit était terrible. J’ai pas eu peur. Je me suis dit qu’on était peut-être réellement dans un film américain. Ce qui m’a contrarié, c’est que le héros n’avait même pas eu le temps de jouir.
[Life is a Beatles song #5]


Why don't we do it on the road


 


Vendredi 16 mai 2014

Les oiseaux noirs

Tu attends là, presque docile, installé dans ta peau comme dans une petite salle d’attente. Tu voudrais bien que le destin fasse le premier pas. Tu t’impatientes un peu, parfois. Tu regardes ta montre, tu regardes les jours qui coulent comme des grains dans un sablier. Tu attends là. Comme si quelqu’un allait venir te chercher, t’appeler par ton prénom, te prévenir que c’est ton tour. Comme si quelqu’un allait t’annoncer avec un sourire professionnel que ton cœur et tes dents vont bien, que c’est parfait, tu peux vivre maintenant !

Mais il n’y a ni rendez-vous à prendre ni permission à demander lorsqu’il s’agit de vivre ! Ouvre les portes, les fenêtres, les bras, les yeux. Respire l’horizon, embrasse l’aube, bois le ciel et la mer. Va aussi loin que possible, même immobile. Escalade tes rêves et écoute le vent. Tu as tellement à faire avant le jour où les oiseaux noirs viendront manger les dernières miettes de lumière dans tes yeux. [Life is a Beatles song #4]
 

Black bird


 


Jeudi 15 mai 2014

Sitting on a cornflake waiting for the van to come

Aujourd’hui j’ai dix ans et demi. Précisément. Je n’ai pas encore décidé quelle importance accorder à ce demi. Le soleil ouvre un œil timide en paupière de nuage. On dirait qu’il n’en sait pas beaucoup plus que moi sur cette journée qui commence.
Les cornflakes se noient en silence dans mon bol de lait.
— Prends un peu de sucre, dit maman.
— J’aime pas ça !
— Il fait froid dehors, mets du sucre, insiste-t-elle.
Et moi, je ne vois pas le rapport. Je n’aime pas le sucre. Les saisons n’y changent rien.
Maman soupire et verse une pluie de cristal blanc sur mes pétales en perdition.
— Ça donne de l’énergie, elle dit. Ça fait grandir !
Justement. Je ne suis pas sûre de vouloir grandir. Pas tout de suite. Pas avant le retour de papa, sinon, il ne me reconnaîtra pas. Maman ne parle plus jamais de lui. Elle l’a effacé de sa bouche. Elle a dit que je n’avais plus de père. Maman m’énerve avec son sucre et ses mensonges. Les demis d’anniversaire ne changent rien.
Le ciel sourit bleu timide dans une barbe de nuages. Je m’assoie sur un cornflake et j’attends que le van arrive. Papa sera au volant, cheveux au vent, il m’emmènera là où les nuages sont roses, là où il pleut des larmes joyeuses. On regardera les points d’interrogation prendre leur envol vers de lointains pays. Il n’y aura de pépins nulle part, ni dans les oranges, ni dans les matins.
— Arrête de rêver et finis ton bol, dit maman. Tu vas encore être en retard à l’école. [Life is a Beatles song #3]


I am the walrus

[...]
Sitting on a cornflake waiting for the van to come
Corporation teeshirt, stupid bloody Tuesday
Man you been a naughty boy. You let your face grow long
I am the eggman, they are the eggmen
I am the walrus, goo goo goo joob [...]

 


Mardi 13 mai 2014

Elle est entrée par la fenêtre de la salle de bains

Le ciel avait la lueur mauve des fins de nuit qui traînent en longueur. Le matin était encore loin et j’étais venu pisser dans le lavabo quand j’ai vu sa jambe passer par la minuscule fenêtre. Puis son autre jambe s’est pointée, suivie de son cul et ses épaules. Elle s’est laissée tomber en silence, pieds nus sur le carrelage de la salle de bain. Qui que ce soit, elle était foutrement agile. Elle s’est immobilisée en remarquant ma présence. J’ai vu sa main plonger vers le flingue qu’elle portait à la ceinture. J’ai sursauté par réflexe, envoyant trois gouttes de pisse sur la savonnette.

La fille m’a fait signe de la boucler. J’ai hoché la tête puis secoué ma bite avant de la remballer. Dans la pénombre j’ai vu briller un sourire. On a entendu les sirènes de police s’approcher puis s’éloigner. J’ai rincé le lavabo en faisant couler un peu d’eau. La fille ne bougeait pas, guettait la fenêtre. Calme plat. J’ai toussoté, parce que je n’étais officiellement toujours pas autorisé à ouvrir ma gueule. Je me sentais un peu con, pas franchement inquiet, plutôt vaguement étonné.

La rue était de nouveau déserte. La fille m’a salué d’un petit geste de la main puis elle est repartie par où elle était arrivée, glissant son corps dans cette minuscule ouverture avec une incroyable facilité. Tout ça n’avait duré qu’une poignée de minutes. Je suis retourné au lit en me demandant si je n’avais pas rêvé. Au réveil, j’avais tout oublié. C’est plus tard, devant le lavabo, que la mémoire est revenue, en voyant les trois gouttes de pisse sur la savonnette.
[Life is a Beatles song #2]
 

She came in through the bathroom window

 


Lundi 12 mai 2014

Mean Mr Mustard

« Pourquoi tu mets autant de moutarde dans ton hot-dog, à chaque fois ? Tu devrais savoir, maintenant ! »
Il a l’air agacé.
J’ai le nez rouge, les yeux qui pleurent. Ma gueule de clown triste s’amuse à faire diversion.
« C’est juste pour ajouter un peu de piquant à la vie » je réponds, et ma voix se perd dans le vacarme des attractions foraines.
Je n’aime pas la foule. On ne m’a jamais appris à y nager. Ces discussions fades qu’on se sent obligé d’avoir avec l’autre comme si le silence ici était honteux.
« Tu as envie de faire quoi ? » il demande en pensant à ces maudits manèges.
Je mords dans le sandwich débordant de moutarde, bruler ma bouche, l’anesthésier un peu, y tuer les réponses qui ne feraient qu’attiser l’incompréhension. J’ai envie d’un hamac pendu entre deux arbres, sous un ciel ou les nuages ne se prendraient pas pour des barbes à papa roses.
Speed flip, Hully gully, Flying Circus. Les enseignes lumineuses.
« Et si on s’envoyait en l’air? » je propose.
Il sourit en coin. C’est toujours ça de gagné. On fait la queue pour les tickets et je finis de gober mes dernières bouchées en torchant mon nez. Là haut, les cris s’échappent de la machine infernale. Je me demande si le hot-dog résistera ou s’il choisira de se faire la malle dès le premier looping.
Toujours la même histoire finalement : il s’agit de serrer les dents.
[Life is a Beatles song #1]


Mean Mr Mustard



 


Dimanche 11 mai 2014

L'humeur du dimanche : courir après le temps perdu


[Little miss sunshine]
 


Samedi 10 mai 2014

Le Gonzine #3


Un mag aussi beau qu'un livre, fait main par Sarah Fisthole, avec que des filles dedans, des pages douces, des images superbes et pas toujours si douces, des textes aux saveurs variées... bref, si t'as pas de livre de chevet (ou si tu en as trop), prends un Gonzine, il saura t'aimer comme personne !
80 pages, 8 € à commander ici : sarahfisthole@gmail.com


 


Vendredi 9 mai 2014

John the Conqueror

Parce qu'il n'y a pas que la poésie dans la vie (ou plutôt si: elle est partout
Parce que la musique adoucit les moeurs (il parait), parce que John the Conqueror, c'est un personnage de légende afro-américaine, c'est une plante dont la racine est magique et c'est un groupe de musique. Parce que si tu ne connais pas et que tu brûles d'envie d'en savoir plus, j'en parle chez Casbah Record (où il y a des tas d'autres chouettes trucs à découvrir)

 


Jeudi 8 mai 2014

Sans plomb ordinaire

Un petit papillon de nuit
blanc
est étendu sur mon pare-choc
avant
ses ailes ouvertes grand
quand j’arrive à la station
il n’a pas bougé
juste un peu plus étalé
un peu trop plat
il est mort, je crois
et je remplis mon réservoir
mine de rien
pour oublier cette cruauté
dont on est plein
malgré soi
 


Mercredi 7 mai 2014

Evidences sur fond d’évier encombré de vaisselle sale

En me réveillant d’une mauvaise nuit
faisant suite à une mauvaise journée
j’ai pensé que la vie n’était
ni plus ni moins
qu’un parcours du combattant
En tournant le robinet
au dessus de la vaisselle sale
je me suis ri au nez
Qui étais-je pour oser me plaindre
alors que je pouvais avoir de l’eau
aussi facilement que ça
Et puis, il faut bien l’admettre
j’avais survécu à tout le reste
jusqu’ici y compris à la mort
qu’on a voulu me faire goûter
avant même que je sois née

 


Mardi 6 mai 2014

On fait comme si elle s'appelait Jennyfer

Elle est vachement jolie ! il me dit.
Elle est vachement gentille, j’ajoute.
Elle fait pas de manière quand elle arrive le matin. Elle passe devant nous. Un sourire. Bonjour, vous allez bien messieurs ? Alors évidemment, dans la lumière douce de ses yeux-qui-ne-nous-fuient-pas, on se sent comme du café sur un réchaud : frémissant. On va bien. Oui, on va même très bien !

Elle bosse dans la boutique, juste à côté d’où on crèche. Chez Jennyfer. On n’a jamais osé lui demander son prénom, alors on fait comme si elle s’appelait Jennyfer. Et parfois on se dit, Tiens, on l’a pas vu passer ce matin, la petite Jennyfer ! Quel jour on est? On ne sait plus trop. On se dit que ce doit être son jour de repos, certainement. Mais non, putain, c’est dimanche, regarde, tout est fermé ! C’est pas facile de suivre les articulations de la semaine quand on n'a pas de calendrier accroché au mur. Quand on n'a pas de mur où accrocher un calendrier. Le problème est réversible à l’infini quand t’habite dans la rue.[]
[Lire la suite sur le site de la Revue Métèque]
 


Lundi 5 mai 2014

J'emmerde l'ailleurs même si l'herbe est plus verte

On poétise la mort
à trop croire que la vie
ne rime à rien

 


Dimanche 4 mai 2014

L'humeur du dimanche : indisciplinée


[Source image ici]
 


Samedi 3 mai 2014

La saveur des bonbons volés

J’ai éteins mes paupières aux premières lueurs du jour glissant sur le campement. Emmêlée dans deux couvertures polaires, une orange, une bleue. Emmêlée dans un crêpe dense de pensées et d’émotions. La guirlande rose est restée allumée. Les araignées sur le mur descendaient et remontaient. J’ai pensé un moment qu'elles risquaient de venir me cavaler dans le gosier, rapport à cette légende urbaine affirmant qu’on avale au moins une centaine d’araignées au cours de sa vie durant notre sommeil. Mais j’ai vite oublié l’inquiétude, diluée dans la douceur des moments partagés. Le chat est venu se coucher sur mon ventre. J’ai pensé à ta main, elle s’est glissée dans mes rêves jusqu’au matin tout proche, un peu plus tard, quand je me suis réveillée. Les mouches tournaient, agacées. Dehors le ciel soufflait. Au dessus de la vapeur de thé, j’ai partagé le calme du lendemain avec Marie. Le gâteau au citron recouvert de Nutella. Un régal. Les lèvres un peu gercées, cette sensation de flottement qui vient souvent après la vague d’émotions. Je me suis dit que les choses simples et douces avaient la saveur inimitable des bonbons volés.



[La Bastidonne 2 mai 2014, photo Marlene T.]
 


Vendredi 2 mai 2014

"I am alone in my room, between two worlds."
[Sylvia Plath]
 

A pieds joints dans le ciel de Portland

Derrière l’écran de la fenêtre, le film sans parole des jours gris. La danse des parapluies et des souliers évitant les flaques. Et moi, qu’est-ce que j’évite, au juste ? J’évite l’impact. J’évite tout ce qui touche.

Le ciel a la même couleur que celui de Portland, sur cette photo punaisée à côté du miroir. Une image papier glacée en forme de rêve lointain. Trop loin sans doute pour qu'un jour je me décide à ne plus suivre la cadence molle de ceux qui ont peur de se mouiller. A cesser d’habiller mon existence d’un costume étriqué. A oser enfin regarder en face les ombres qui s’amusent de ma peur.

Derrière l’écran de la fenêtre, le film sans parole et dans ma tête des rêves empilés comme mille livres jamais écrits. Je tire le rideau, je prends un stylo sans mine, j’enlève mes chaussettes, je n’écoute surtout pas la voix de la raison, cette salope castratrice, je roule mon pantalon jusqu’aux genoux et je m’en vais, loin tout près, faire dévier la pluie, patauger dans le caniveau, sauter à pieds joints dans le ciel de Portland.
 


Jeudi 1er mai 2014

Aujourd'hui c'est poésie

Avec Hélène Dassavray et Frédérick Houdaer
et du soleil et un tas d'autres belles personnes


[Photo Marlene T.]
 


Mardi 29 avril 2014

La nacre humide de nos sourires

Au début, il y a eu le vide, un vide encombrant
Dix ans déjà que tu n’habites plus ta peau
La chute vertigineuse du temps
L’inutile attente et, bien sûr
l’espoir depuis longtemps émietté à mes pieds
Un tas de petits flocons pâles
impossible à disperser
mais qui s’irisent parfois
quand ton absence devient palpable
quand l’univers entier semble vouloir t’incarner
Alors, je serre le vent dans mes bras et
je peux sentir les plis de ton vêtement et
l’odeur tiède de ton cou
Alors, j’ai quatre mains
j’ai deux cœurs
je suis toi et moi à la fois
je passe ma langue sur la nacre humide
de nos sourires
 


Lundi 28 avril 2014

Retourner la vie comme une chaussette

S’amuser à rater les trains
à dévier les regards
à faire dérailler le temps
à détricoter patiemment les idées
pour en faire des pelotes de rêve
devenir assez léger pour ne plus
laisser de trace de pas dans la neige
transformer le jeudi en dimanche
tisser de drôles d’évidences
sur le canevas tendu d’une nuit blanche
à lécher la soie rêche
de lèvres gercées
par trop de baisers
imaginaires
 


Dimanche 27 avril 2014

L'humeur du dimanche : Be yourself
 

 


Samedi 26 avril 2014

J’emmerde la valeur

Ce qui compte
vraiment
ne se compte pas
 


[Photo Marlene T.]
 


Jeudi 24 avril 2014

Tromper l'ennemi

Parfois j'enfile un sourire
en guise de tenue de camouflage
 

Because


 


Mercredi 23 avril 2014

Comment parle-t-on à un vêtement
qui ne veut rien entendre ?

Quand je pense à papa
ça fait comme un habit vide
suspendu au porte manteau
Un vêtement oublié
qu’on n’ose pas déplacer
ni porter
ni flairer
qu’on effleure parfois
à la dérobée
en fermant les yeux
pour goûter au rêche du tissu et à l’âpre
d’une voix qu’on voudrait bien entendre
encore une fois
pour laisser un instant les souvenirs
dévorer le présent

 


[Rennes octobre 2013, Photo Marlene T.]
 


Mardi 22 avril 2014

Les clous ne sont plus ce qu’ils étaient

J’ai rencontré Dieu
dans une rue
placardé à un mur
en béton
son pied coincé
sous une affiche
déchirée
publicité pour slips
Eminence
gris
j’ai caressé le clou
qui retenait son pied
par erreur
et ce n’est pas vraiment
à la religion que j’ai pensé
mais les voix du seigneur
m’ont semblé presque
aussi impénétrables
que mon intimité

 


Dimanche 20 avril 2014

L'humeur du dimanche : Libérer les idées


[Image : Zoo Project]
 


Vendredi 18 avril 2014

Rincés

Le chagrin
c’est ce truc qui
te lave les yeux
mieux que personne
Une grande marée
qui déblaierait la plage
Tu chiales comme un gosse
et les autres ricanent
comme des mouettes
C’est vrai quoi
c’est pas décent un adulte
plein de larmes
N’empêche
tes yeux rincés
font des arcs en ciel
et voient des couleurs
que le monde entier semble
avoir oublié
 


Jeudi 17 avril 2014

4 recueils de poésie au prix d'une bière et d'un demi-ballon de foot

Quand François-Xavier Farine parle de poésie, il en parle bien (quand il en écrit, de la poésie, il le fait tout aussi bien). Non, je ne dis pas ça parce qu'il apprécie mes J'emmerde... D'ailleurs, j'emmerde la flatterie, l'hypocrisie (enfin, toutes ces choses qui ont à voir avec la fausse bienveillance intéressée). Et en plus, dans cet article, FX parle aussi de Thierry Roquet, Frédérick Houdaer et Jean-Marc Flahaut, trois auteurs présents de mon top ten des poètes contemporains (alors, forcément, ça fait plaisir!)
[Cliquer sur l'image pour lire la chronique en intégrale]


 


Mercredi 16 avril 2014

J'emmerde les paradoxes

Tout le monde semble avoir
tellement de choses à dire
à propos du silence
 

La cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne,
Ô civilisé, ôte-là si tu veux bien respirer


[Lille mars 2014, photo Marlene T.]
 


Mardi 15 avril 2014

J'emmerde les petites économies

Voler deux heures au jour
et les dépenser en banlieue
de la réalité
[Un des petits derniers, inédit]


Tapis volant


[Valence, photo Marlene T.]
 


Lundi 14 avril 2014

Ce qui s'efface sans disparaitre

Ecrire le jour
avec la pointe des pieds
trempée dans l'encre des flaques

 


Dimanche 13 avril 2014

L'humeur du dimanche : Hello, my name is Tim
 

 


Samedi 12 avril 2014

L'éternité est inutile...

... mais il y en a certains qu'on souhaiterait éternels.
 

« Travestir le temps qui passe et qui nous reste hostile pour soi-même demeurer et, par la minuscule faille dans l'écorce des jours, dérober un brin de folie pour enfin respirer un air de liberté, voilà bien le seul programme digne de tenir l'affaire une vie durant, non? »
[Pierre Autin-Grenier]
 


Vendredi 11 avril 2014

En mai, fait ce qu'il te plait (à St Aubin du Cormier)

Le 24 mai, je ferai des Lectures Buissonnières avec Marianne et Gaëtan

Et la veille, je serai à Vitré avec Marianne et Pascale Goze (Editions Lunatique) dans le cadre d'une lecture/rencontre au Barravel.
 


Jeudi 10 avril 2014

Billy Childish !

 


Mercredi 9 avril 2014

Printemps

Ce jour-là, j’étais allée faire les courses. A chaque fois, je me perds un peu dans les rayons. Tellement de monde, de bruit, de lumière, de boites empilées. Et tous ces gens qui ne me voient pas. Piocher des produits, ne pas se laisser distraire, vérifier sur la liste. Slalomer pour éviter la collision. Je déteste faire les commissions.
Ce jour-là, c’était au printemps, ils avaient eu un arrivage de pots de fleurs. De toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les couleurs. Un éventail de possibilités absolument fascinant. Alors, j’ai perdu le contact avec la réalité. Dans cet autre monde imaginaire, je n’avais plus besoin de dentifrice, de céréales, de beurre, de lessive, de stylo à pointe fine. Dans ce monde-là, j’avais des fleurs à rempoter, un nouveau décor à planter. J’ai rempli le caddie de poteries. Il y avait une grande vasque couleur lilas. J’y mettrais un pommier je le regarderais fabriquer lentement ses fruits. J’ai chargé le coffre de la voiture et je suis rentrée.
La réalité est revenue immédiatement piétiner mon monde imaginaire. J’aurais pu pleurer là, dans l’entrée, dans les pots de fleurs empilés, mais il y avait le dîner à préparer sous le regard moqueur du frigo vide. J’ai fait un gratin avec un reste de nouilles froides. Jacques n’aime pas les restes. Il prétend que c’est une manière de gens pauvres.
Ce soir-là, dans le lit, il m’a dit « Tu ramèneras tout ça demain ! Tu pensais en faire quoi ? On n’a même pas de balcon ! » Puis il a éteint la lumière. J’en ai profité pour pleurer, maintenant que je n’avais plus rien d’important à faire. [La femme invisible, en cours...]
 


Mardi 8 avril 2014

Music !



Parfois, aussi, je commets des chroniques musicales pour les copains Valentinois de Casbah Records. La dernière parle de The Strypes, ces quatre gamins lookés comme les Blues Brother qui jouent du rock à papy avec une gouaille et un punch déconcertant. [A lire ici]
Et, quelque temps avant, c'est du diamant noir "Who cares" de Jessica 93 dont j'avais fait l'éloge à ma manière [A lire là]
 


Lundi 7 avril 2014

Paquet cadeau

Le train fend le brouillard, il avance vers un nulle part qui pourrait bien être partout. Dans le brouillard, tout est invisible et plus seulement moi. C’est peut-être ce qui me rassure. A moins qu’il n’y ait ce petit plaisir enfantin, la surprise de découvrir le paysage sous le papier blanc de la brume. Cette impression étrange de déballer le lieu comme un paquet cadeau.
[La femme invisible, en cours...]
 


Dimanche 6 avril 2014

L'humeur du dimanche : Help yourself...


[Via Street Art Germany]
 


Samedi 5 avril 2014

Train de nuit

Je monte dans le train. Le premier qui s’apprête à partir. Peu importe où il va. Je n’ai pas de billet. Trouver un contrôleur. Lui expliquer, lui mentir, lui sourire. Il m’imprime un titre de transport valide sur sa petite machine portable. Je range ma carte bleue et le remercie. Il me « pas de quoi » par habitude. Ses yeux, juste là, presque dans les miens, mais… Je connais ce genre de regard. Les regards qui ne regardent pas. Ses yeux passent au travers de moi sans ralentir leur course. Comme si je n’étais pas assez consistante pour cacher le paysage. Ses yeux s’en vont et laissent une petite blessure invisible de plus.
J’avance dans le train à contre-sens, j’arrive en voiture sept. Wagon lit. C’est la première fois que je voyage en train de nuit. Dans le compartiment, une vieille dame installe méticuleusement ses affaires sur la couchette du bas. Je la salue. Elle ne me répond pas. Semble ne pas me voir. Elle ôte ses escarpins et s’allonge. Je lui souhaite une bonne nuit et grimpe sur la couchette du haut. Elle ne me répond pas. Je me demande si je suis vraiment là. Comment faire la différence entre le réel et mon imagination ?
[La femme invisible, en cours... ]
 


Jeudi 3 avril 2014

Partir

Ce n'est pas ma première gare. Il y en a eu bien d'autres, toutes celles dont je ne partais pas. Celles où je venais parfois regarder ceux qui s'en allaient. Aujourd'hui, c'est mon tour de partir. Quelque chose vibre à l'intérieur de ma machinerie. J'ignore ce qui a changé. Peut-être ne devient-on quelqu'un que le jour où on trouve la force de partir, même si c'est pour nulle part. [La femme invisible, en cours... ]


Suspendre le temps qui passe
à une corde à linge


[Janvier 2014, photo Marlene T.]
 


Mardi 1er avril 2014

Du mauvais côté du lit

Elle m’a dit : Je prends le côté fenêtre. J’ai senti qu’il valait mieux ne pas la contrarier. Besoin d’air, qu’elle a ajouté. Ca avait le mérite d’être clair.

C’était un petit hôtel, pas tape à l’œil. Le genre d’endroit assorti à mon portefeuille. Week-end en Normandie. Sans les enfants. Pour qu’on se retrouve en amoureux espérais-je. Histoire de se ressourcer qu’elle avait dit. Je gagne pas assez pour lui offrir les thermes de St Malo. Sans doute pour ça qu’elle sourit de moins en moins. Qu’elle hausse si souvent les yeux au ciel quand on discute. Alors on parle peu elle et moi. On évite les conflits. J’ai jamais aimé les conflits. Ils forcent à voir ce qui va de travers.

Je me suis allongé côté porte. Pensant que je devrais sans doute la prendre, la porte. Ou bien ma femme. C’était peut-être ce qu’elle attendait, ma femme. Que je prenne l’une ou l’autre. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est vrai que je deviens de moins en moins entreprenant. [La suite chez la revue Métèque]
 


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