Marlène TISSOT est venue au monde inopinément. A
cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu'il n'y avait pas de mode d'emploi.
Sait dorénavant que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu'elle a dix-ans-et-demi et
capture des images depuis qu'elle a eu de quoi s'acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais
sait mettre un pied devant l'autre et se brosser les dents. Ecrira un jour l'odyssée du joueur de loto sur
fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l'instant se consacrer à des
sujets un peu moins osés.
PS
: J'ai aussi un petit oiseau bleu, pas du genre qui palpite dans la cage
thoracique, mais du genre que je nourris assez peu, du genre qui fait un peu
ce qu'il veut, il n'est pas dans une cage et les fils à la patte, c'est pas mon truc... N'empêche, j'ai un
petit oiseau bleu.
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’avais des petits soldats de plomb dans la cervelle
Et toute une armée de bonnes intentions prête à conquérir le monde
Parfois, je fais chambre à part avec mon corps
La rédemption et l’innocence se regardent en chien de faïence
Ressentir trop ou pas assez, j’ai pas de milieu, jamais
Et je finis par me tourner la tête au
Saint-Amour
Ce petit air supérieur que prend la réalité
Quand elle fait face à l’imaginaire
Les hiérarchies à la con qui m’exaspèrent
Pourquoi la nuit devrait-elle tomber et le jour se lever ?
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et rien ne s’est écroulé
Et rien ne s’est dressé
Les réponses n’ont pas toujours d’importance
Ce sont les questions qui nous poussent à avancer
A quoi ça sert de s’émietter les paupières ?
Il n’y a jamais personne pour payer les peaux cassées de toute
manière
La comptabilité des craquelures et les marchands de tant pis
Que les blessures me parlent ou se taisent à jamais
Ça commence à bien faire ce brouhaha indéchiffrable
J’aurais préféré qu’on me prête du silence au lieu de me donner la vie
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
A la fin de la pénombre, espérer devenir le personnage d’une histoire
Cet obscur objet du délire
Aimer son prochain, s’arrêter au suivant
J’avais pas le bras assez long pour décrocher la lune
Mais l’ombre fait parfois des miracles
On trouve les mots qui nous rapprochent le plus possible de l’essentiel
Faudrait pas oublier tout ce qu’on étrangle
En serrant les poings au fond de nos poches
En croyant ainsi épargner quelques grammes de tranquillité
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je m’exerçais au sport en chambre froide
J’offrais au néant une répétition de mon dernier soupir
Si on savait ce qui se cache sous l’écorce de certains sourires
On confondrait moins souvent bourreau des coeurs et bourreau des corps
On aurait compris depuis longtemps qu’il ne suffit pas
De coller un cadre autour du paysage pour le transformer en oeuvre d’art
Ras le bol des promesses tenues en laisse
Mathématiquement parlant, j’hésite de plus en plus souvent
Entre prendre la tangente ou jouer les médiatrices
Dimanche 27 mars 2016
L'humeur du dimanche : Des rivières sur les paupières
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Les rêves sous assistance respiratoire
Pas le moment de faire la belle
Je crois que j’avais du plomb dans l’elle
Le rictus de la lune punaisé sur l’usure du ciel
L’hypocrisie naissante des couleurs abîmées
Et l’azur des blessures qui composaient
Une fugue nocturne en catharsis majeur
Qu’est-ce qui rend un instant plus précieux qu’un autre ?
Je ne suis pas devenue vivante du premier coup
Il m’a fallu beaucoup de persévérance
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Le silence avance toujours plus vite que la lumière
Question de résilience
La tolérance zéro est mal étalonnée
Le premier degré, ça va bien cinq minutes
La torpeur diurne ne me fait pas peur
Je me passe des rediff de vieux rêves (en noir et blanc, muets)
L’amour, c’est toujours plus facile sur grand écran
A quoi sert une trajectoire sans destination ?
On se trompe souvent de cible
Pour continuer d’avancer, faut viser le cœur du sensible
Gare de Lyon
Un jeune homme
Noir
S’approche de moi
Et me demande
(comme souvent
Quand je m’en viens
Dans la grande ville
J’imaginais une histoire
D’argent mais)
Il me demande
Un peu de temps
Et j’en possède
Plus que d’argent
Alors évidemment
J’accepte
Il m’offre un mouchoir
En papier
Parce que j’ai la goutte au nez
Et il me redemande
Si je veux bien
Passer quelques minutes
Avec lui
(oui, bien sûr)
Il dit qu’il est au fond du gouffre
Que ce soir il va se foutre la gueule en l’air
Je ne demande pas pourquoi
Je demande juste s’il n’y aurait pas d’autres endroits
Où la foutre, sa gueule ?
Il sourit
Un sourire pur et étonné
Les gens s’éloignent imperceptiblement
L'air méfiant
Mais je ne veux pas être méfiante
Même si je continue de lutter contre
L’envie de croire qu’il va me demander
De l’argent
Il n’en demande pas
Il me raconte sa famille tuée au Rwanda
Sauf sa sœur
Mais il ne sait pas où elle se trouve
Ne sait pas comment la joindre
Il me raconte "son" Paris et le froid
De l’air
Des gens
Il inspire, expire
Regarde vers le ciel vaguement bleu
Un rayon de soleil sur le quai puis
Il me demande
(pas d’argent, non, toujours pas)
Il me demande s’il peut
Me prendre dans ses bras
Bien-sûr, je lui réponds
Avant même de réfléchir
Et qu’y aurait-il à réfléchir ?
Qu’est-ce que je risque, au juste ?
Rien. Absolument rien !
A part le partage d’un peu de
Chaleur humaine
Il me prend dans ses bras
Comme si nous étions de vieux amis
Je me sens terriblement vivante
Lui, je ne sais pas
Mais j'aimerais pouvoir
Juste avec mon étreinte
Lui donner l'envie de rester en vie
Encore un peu
Au moins le temps de réaliser
Que nous ne sommes que de passage
Et que si parfois l'espoir semble mort
La douceur est une fleur persistante
Dimanche 20 mars 2016
L'humeur du dimanche : L'insoutenable légèreté d'une fin de week-end
heureux
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
On s’évade parfois malgré soi
Faut se méfier du divertissement prolongé du rêve
De l’alcool frelaté, des amnésies lacunaires et de l’arrogance des
préjugés
On devrait pas laisser l’écorce du cœur s’épaissir
Le côté néfaste du faste
L’oisiveté rentable
L’anatomie de l’anomalie résiduelle
En général, je ne me confie qu’à l’oreiller, en silence
Je n’ai jamais réussi à embrasser ma propre bouche
En revanche, je parviens toujours à m’embarrasser
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’étais dans l’intervalle étroit entre le tout et le rien
A l’heure ou la brulure des rages contenues se fait un peu oublier
Et tant pis pour le dérèglement du climax
Les plumes et le goudron
La petite crispation de la contribution forcée
La poupée qui dit non
Si t’es pas heureux, va te faire aimer ailleurs
On se heurte un peu trop souvent à l’invisible
On brise les éclats de rire pour les tailler en diamants
Il y en a qui savent tirer des bénéfices de tout, même du doute
Lundi 14 mars 2016
Il
était une fois, une piscine en papier et des voix en bocaux
Non, rassure-toi, je
ne perds pas encore (complètement) la tête !
La Piscine,
c'est une superbe revue graphique et littéraire qui nous a concocté un
premier numéro de toute beauté. En prime, tu peux y plonger côté face ou
côté dos, côté noir et blanc ou couleurs. La mise en page est impec, les
photos et créations graphiques à couper le souffle, et le choix des
textes offre un parfait panel de tonalités autour du thème de ce numéro
: H2O. Bref, si tu ne l'as pas encore : fonce !
Maintenant que je t'ai raconté la piscine en papier, venons-en aux voix
en bocaux. On va parler de
Cérumen. Non, pas cette cire qui nous pousse dans les oreilles,
mais ce laboratoire virtuel qui conserve sur ses étagères de
échantillons de voix de poètes vivants dans des bocaux. Si tu me crois
pas, va voir ! Ou mieux, va écouter.
Dimanche 13 mars 2016
L'humeur du dimanche : Je crois que j'ai dormi et mon rêve m'a suivi
tout le jour
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’épluchais le lit de l’intérieur
Je réglais mes comptes avec l’éternité
J’envisageais le no future avec sérénité
Souvent, mes chaussures avancent plus vite que moi
Mais le chemin visible n’est pas le plus important
Il faut accepter parfois de décevoir ceux qu’on aime
Je suis ton départ, tu es mon arrivée
Ou peut-être le contraire
C’est le mouvement qui fait la vie
Ou peut-être le contraire
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Ça m’a toujours agacé de devoir respecter les heures de visite
De chercher à faire l’unanimité
Cette attente incessante du moment où
Les conséquences n’auront plus à être assumées
Le refus du reflux des souvenirs et pour patienter
Se peindre un sourire de forme abstraite
On s’imagine des choses parfois
Et c’est pas vraiment du rêve, pas de l’espoir non plus
Juste une manière comme une autre de surmonter
Le simple fait d’être en vie
Vendredi 11 mars 2016
Réjouissances à venir
Parce
que la poésie, tout seul face au rien de soi-même, c'est bien, mais que
la partager, c'est encore mieux, voici quelques-unes des réjouissances à
venir :
Le
printemps de Durcet où l'on va crapahuter joyeusement pour cracher
ses poumons et dire de la poésie
Et
les beaux jours de la petite édition où l'on profite du soleil de
printemps dans le Luberon pour partager son plaisir du verbe
Alors
si tu es dans les parages, n'hésite pas à venir, le bonheur poétique, ça
se partage !
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
On exagère souvent le poids de l’exaspération
On se cache dans le vacarme et on exulte en silence
J’aimerais pouvoir me faire comprendre sans avoir un mot à prononcer
Savoir inventer un amour qui va vite mais dure toujours
Accrocher ma lune à ton tableau de chasse
Militer pour la paix des méninges
Tout est plus simple, la nuit
Quand la lumière oblique me penche jusqu’au point de chute
Alors, je me planque dans la doublure du vent
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Il y avait des noyés dans mon verre d’eau et personne pour les pleurer
Parfois, il faut juste être ailleurs pour réapprendre à apprécier l’ici
Je poursuis le chemin et le chemin me poursuit
On voudrait faire le grand écart sans avoir la souplesse nécessaire
On crève la dalle en regardant les nuages dévorer le ciel
On n’apprend pas à tomber mais on découvre comment se relever
Il m’arrive d’admirer les sacs plastiques effilochés dans les arbres nus
Comme des fleurs qui n’en auraient rien à cirer des saisons
On déniche parfois des vérités au détour d’une cicatrice presque oubliée
Un
jour, j'ai pas dormi de la nuit
Et c'est pas la fureur du vent qui m'impressionnait
Passé un certain âge, on s'éloigne des portes à franchir sans trembler
On apprivoise la sauvagerie d'une fatigue stérile
0n apprend à faire la part du songe
A délimiter le périmètre de ce qui ne tourne pas rond
Est-ce
qu'on peut vivre la réalité en nomade ?
A distance raisonnable?
Communiquer avec des signaux de fumée ?
Un
jour, j'ai pas dormi de la nuit
Et je me sentais plutôt bien
Comme une ombre à l'intérieur de l'ombre
Exactement à l'endroit où fallait être en cet instant précis
(On passe sans doute trop de temps à se chercher
Dans les lieux communs où l'on n'est pas censé se trouver)
Et puis
quoi ? On regrette sa jeunesse, on appréhende sa vieillesse ?
C'est l'instant présent qui doit bien se marrer !
Finalement, c'est pas plus mal d'être passagèrement clandestin du
quotidien
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mais je dois avouer que j’étais mieux ici
Qu’à la cantine avec les collègues
Cette grande kermesse du déballage d’opinions
Les thèses plus ou moins étayées
Les coups de poings sur les i de la table bancale
Les miettes laissées sur le plateau avec générosité
Et à cette heure du jour, même le paysage semble désolé
On dirait presque qu’il va s’excuser pour le bruit des oiseaux
Le bonheur n’est pas un chien à domestiquer
Mais une superbe invention marketing
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Quelque chose en moi boycottait le sommeil, mais pas les rêves
Faut savoir gérer les priorités
C’est ce qu’on nous rabâche à longueur de journée
Il y a un chef qui a pété les plombs au boulot
Et ça parlait de self-control mal contrôlé
De l’importance de ne pas laisser les choses basculer dans le chaos
La vérité, c’est qu’on est souvent plus lâche qu’on ne le prétend
On dit que toutes les bonnes choses ont une fin
Et les mauvaises, alors ?
Je suis
Une ville à l’agonie
Des quartiers vides et
Des boulevards hystériques
Une bouche de métro gercée
Que des passants embrassent
Parfois
D’un geste pressé
Presque sans y penser
Et est-ce que je fermerais moins
Ma gueule
Si j’avais une gorge plus profonde ?
Et les gens d’à côté
Est-ce qu’ils savent à quel point
Je suis en désordre ?
Non
Ce genre de chose se cache très bien
Sous un sourire et
Un bonjour poli
La météo est un sujet éculé mais
Toujours d’actualité
Le reste n’intéresse pas
Les gens d’à côté
Je porte le voile
L’élégant et largement accepté
Voile de timidité
Qui me permet de conserver
Une certaine dose d’intégrité
Et détruire le mobilier
A l’intérieur de moi
Ne m’empêche pas de vouloir
Préserver la façade
De mascara à mascarade
Il n’y a guère plus qu’un dé
A jeter
Lundi 29 février 2016
La
préciosité ridicule des culs
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’envisageais l’évidence sans vaciller
Un certain laxisme dans la prophylaxie de l’insomnie semblait se
profiler
De toute façon, la décadence, c’est très tendance
Et j’ai pas les moyens de m’offrir la rédemption
Quand j’ai les coutures qui lâchent, je brode
Les fêlures, c’est pas juste des blessures, c’est aussi des ouvertures
Les chaises en plastique ou les fauteuils en velours ?
La préciosité ridicule des culs
Une marque de fabrique des grands hommes
Et la vacuité du discours
Comme une paire de couilles après la branlette sanitaire
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’avais les tremblements sans la stupeur
Quand on veut refaire le monde, c’est parfois par soi qu’il faudrait
commencer
Mais on se contente de balancer des pavés et des bonnes intentions
Est-ce que l’effet boomerang fonctionne avec l’amour ?
Pourquoi personne ne parle de l’anorexie sentimentale ?
Ça m’exaspère, cette sale habitude qu’ont les Hommes de tomber amoureux
Le pire, c’est ce qui commence et ne finit jamais
C’est bien aussi, quand il ne se passe rien
En général, je ne crois qu’à l’incroyable
Mais comment différencier le réel de ce qui n’existe pas ?
Souvent, chacun découpe l’ordinaire en morceaux et le ré-agence à sa
guise
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Juste un drap de silence sur mes irritations
Demain, le bruit de l’aspirateur couvrira le soupir de mes espoirs
J’ai pas l’intention de montrer
Les paysages dévastés qui décorent l’intérieur de mon corps
Il n’y a pas que les drames qui ont façonné la personne que je suis
La normalité a les contours plus flous qu’il n’y parait
Le démenti d’une mauvaise nouvelle est-il une bonne nouvelle ?
C’est quoi exactement, la vie de tous les jours ?
Non, ne dit rien, j’entends mieux tes silences que ta voix
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je rêvais de sommeil virtuel débordant de rêves factuels
Mais à cette heure, on atteint souvent le point d’orgue de la parodie
On peut bien croire ce qu’on veut
Surtout quand les endorphines sont en grève
Et que la vie fait presque aussi peur que la mort
Alors j’ai listé les choses que je n’avais pas besoin de faire
C’est pas qu’on manque de possibilités
Juste qu’on est gavé de désirs prédigérés
Et j’ai jamais vraiment su si on pouvait baiser en restant vierge de
sentiments
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’avais le tapage nocturne habituel sous l’occiput
Ces petites obsessions sans conséquence
J’écrivais en pensée des lettres de rupture d’anévrisme
On devrait travailler tous ensemble à la normalisation de l’imprévu
S’habituer sereinement à l’aléatoire du caractère
C’est pas l’absence de solution qui crée le problème, faut pas croire
La polémique névralgique et le misanthropique du cancer
La précision clinique des gestes inutiles
On a tous sous la main quelques insultes romanesques au style alambiqué
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’avais l’horizon à la verticale et quelques tranches de vide à tartiner
Dans la stupeur des angles morts
Je m’offrais égoïstement quelques hallucinations collectives en solo
Entre la ligne tendue du linge délicat et
La lueur abstraite des lavabos
Je guettais l’équilibre fragile du jour en gestation
Si on y réfléchit, c’est facile de se tromper
L’institution manque cruellement d’intuition alors tu m’excuseras mais
là
Je vais faire un voyage en italique
Un jour, tu es venu et tu t’es assis dans mon ventre. Pas dessus, non.
Dedans. Je ne savais pas que c’était possible. Tu as forcé la porte pour
entrer. Je n’ai pas eu le temps de réagir, pas eu le droit de crier, tu
tenais ma bouche fermée de l’intérieur avec ton poing. Je sentais ton
poids assis profond dedans mon ventre. Tu es resté là, comme ça. Et même
après, quand tu n’y étais plus, tu y étais encore. Impossible de te
sortir de moi. J’ai essayé, plus tard, en découpant la peau, en
fourrageant dans la chair. Rien à faire, tu étais assis là pour
toujours. J’ai avalé des poisons pour te dissoudre, ça a dilué des tas
de choses mais pas ta présence.
Un jour, tu es venu et tu t’es assis dans mon ventre. Après, je
n’arrivais plus très bien à marcher. Ça pesait trop lourd tout ça, tout
toi, pour mes jambes d’enfant. Je n’avais plus de forces, plus de place
dans mon ventre à cause de toi assis là. Impossible d’avaler quoi que ce
soit sans vomir aussitôt. Je vomissais tout le temps. Des docteurs m’ont
examinée, ils ont palpé mon ventre, ont fait des images pour regarder
dedans mais ils ne t’ont pas vu. Je n’ai pas osé leur demander de
chercher mieux.
Un jour, tu es venu et tu t’es assis dans mon ventre. Tu étais beaucoup
plus grand, beaucoup plus fort que moi. Il n’y avait pas assez de place
pour nous deux à l’intérieur, alors je me suis enfuie un peu de ma peau.
Et toi, tu es resté là, avec ton regard d'autrefois, avec ta voix qui
disait, On fait un jeu, regarde, je vais m’assoir dans ton ventre.
Tu n’avais pas prévenue qu’après je ne pourrais plus jamais me relever.
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je me demandais combien de rôles je devrais jouer
Avant d’oser enfin être moi-même
On finit toujours par revenir malgré soi sur les lieux du crime
Le petit territoire des souvenirs et son peuple de fantômes irréductible
Même nos ombres sont fabriquées en chine
Attention, un bonheur peut en cacher un autre
Faut pas céder trop facilement aux addictions
Ni à la nonchalance chatoyante du je-m’en-foutisme
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Parfois, l’idée du manque fait trembler avant le manque lui-même
Alors je glisse mon calvaire dans la grande peur collective
Cet étrange carnaval où tous les costumes sont permis
Mais la question essentielle reste toujours la même :
Se préserver soi ou les autres ?
On a beau sermonner la plage, la mer continue son mouvement
Alors ta petite rage, tu vois, je m’en bats des ailes
Mais tends-moi encore la main, surtout si je refuse de la prendre
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je crois que j’avais des sentiments pour vous
Des sentiments blancs comme une fleur de lyrisme
Un délicat surcroit de confiance en soi
Mais faut pas confondre la lumière avec la bascule de l’interrupteur
Je me souviens encore du jour où on ne s’est pas rencontré
Le sort sait très bien faire preuve d’ironie
Souvent, je vis par inadvertance
Je ne parviens pas toujours à me faire à l’existence
C’est étrange de se préparer à affronter une nouvelle journée
Alors qu’elle ne nous veut sans doute aucun mal
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’avais coupé ma tête, jetée au pied du lit
A quoi bon s’encombrer de ce qui ne fonctionne pas ?
Il y a toujours un sentiment d’inachevé dans les histoires que je me
raconte
Le call-center de la conscience débordé d’appels au secours
Aux heures de pointe de l’angoisse, je me monologue de sourd
Laisse pas traîner ton corps, bon sang ! (trop tard)
Au pays de tous les jours
Mes journées sont tellement similaires aux vôtres
La pluie manque de régularité, mais dans cette époque formidable
On trouve toujours quelqu’un d'autre à blâmer
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
C’est pas aussi douloureux que ça en a l’air, l’agonie du sommeil
Et j’ai rien contre l’inutilité de la sonnerie du réveil
Y a juste ma gueule qui fait la gueule
L’enflure du cerne et la paupière en berne
C’est pas plus loin qu’il faut chercher la solution
Mais ici même, au cœur de l’instant donné
De toute manière, c’est tout ce qu’on a entre les mains
La cruauté et l’injustice deviennent des concepts virtuels
Contre lesquels s’indigner en toute sécurité
Quelques commentaires sur le mur des lamentations
Et nous v’là rhabillés d’un grand pas pour l’humanité
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’avais ma carte d’adhérent au parti de la nuit blanche
Et des alibis en bêton pour mes pensées tordues
Bonne voie ou pas, faut bien continuer d’avancer
T’en fais pas, je te rapporterai des souvenirs du futur
Mais que les choses soient claires : je suis pour la liberté à
perpétuité
Personne ne m’empêchera de militer pour l’abolition de l’ambition
J’ai jamais compris ce besoin de posséder plus que nécessaire
La manufacture du bon goût et le bavardage hygiénique
Le calibrage des interactions sociales a quelque chose de pathologique
Embrasser m’a toujours embarrassée
De toute façon, le martyre, c’est celui qui le dit qui l’est
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je cherchais mollement un substitut élémentaire au sommeil
On devrait peut-être essayer l’ironie en guise de somnifère
L’important n’est pas toujours de choisir entre qualité et quantité
Je laisse l’arrogance à ceux qui apprécient les costumes étriqués
Certaines questions se tranchent plus facilement que les veines
Et les moutons continuent de brouter sous nos lits
Faut croire que la plupart du temps ça nous suffit
On va pas chercher la petite bête
Un jour, j’ai pas dormi de le nuit
J’inventais un placébo capable de faire battre mon cœur paisiblement
L’amour, c’est toujours la même chose
Ça commence et ça finit dans un mouvement imprévisible et destructeur
Et moi, j’ai pas la force d’abnégation d’un mur porteur
Il suffit d’un regard pour que je m’éboule
Entre amnésie subtile et mémoire futile
Entre désir vénal et plaisir syndical, je m’y perds
J’ai beau apprendre mes leçons, j’ai pas la souplesse nécessaire
Jeudi 18 février 2016
S’absenter de son corps
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mais je laissais un peu de moi reposer en paix entre les draps
Est-ce qu’il existe un raccourci vers l’oubli ?
On trouve toujours une solution efficace à un problème inexistant
Pour le reste, addictions, déductions, le choix de la facilité est vite
fait
On peut toujours prétendre que c’est assumé
Oui, tu vois, je m’éclipse à ma manière
J’envisage l’évasion, je dévisage l’aversion
On s’habitue très tôt aux tortures et à l’abandon
Je construis une chambre funéraire pour les souvenirs
Que je voudrais réduire en poussière
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je laissais les heures avancer sans moi
Il faut parfois savoir s’absenter de son corps
Goûter à l’ivresse des profondeurs de l’âme Attention, l’hypothèse de la fuite en avant pourra être retenue
contre vous Les cages sont faites pour être ouvertes
Mais il y a des tas de choses qui finissent par ne jamais arriver
L’important c’est de participer au mouvement de la nuit
Il arrive un moment où il faut se faire à l’idée d’être un vaut-rien
La mélodie dans ma tête est pleine de fausses notes
Il est bientôt l’heure de traverser le miroir
Mercredi 17 février 2016
together PANGEA
C’est
dingue ce que le temps passe vite ! Il y a plus de deux semaines que je
fais tourner « The Phage » des together PANGEA sur la platine avec
l’idée de t’en parler, et j’ai toujours pas trouvé le moyen de m’y
coller. Pas que je n’ai rien à en dire, hein ! C’est juste les heures
qui me filent entre les pattes, l’agenda qui déborde et ma foutue
propension à me disperser. Bon, j’ai quand même griffonné deux ou trois
bricoles sur un coin de carnet. Par exemple, à côté du titre She’s a
queen, j’ai mis des points d’interrogation. Ça, c’était juste après la
première écoute, un peu passive, faut le reconnaître. Et sur le moment,
j’ai pas bien pigé. Pas qu’il soit mauvais, ce titre. Il est même
joliment ficelé. Mais sur le coup, j’ai trouvé qu’il sonnait un peu trop
frangins Gallagher à l’époque où ils ne se foutaient pas encore sur la
gueule. [Lire la suite de la chronique chez
Casbah Records]
J'emmerde la discretion exacerbée [new]
Est-ce que je
fermerais
moins ma gueule si j'avais eu
une gorge profonde ?
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Rien de nouveau sous le sommeil
J’apprenais à savourer ma défaite remportée haut la main
Y a pas que la victoire, dans la vie, faut pas croire
Tu n’as jamais joué à « Qui perd gagne » ?
Les mots aussi échouent parfois
Et pas seulement sur le papier
La conjoncture actuelle n’a pas de futur
Spéculer, enculer
Je laisse la rime riche à l’actualité
Elle sait si bien le faire
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’en ai profité pour préparer la journée à venir
La paranoïa ordinaire et la pilosité des aisselles sont des sujets
parfaits
Pour brouiller les pistes à la pause-café avec les collègues
La créativité est une qualité nécessaire
Quand on n’a pas l’audace d’affirmer son vrai soi
Ça permet d’aérer la conversation
De passer mine de rien du parfum de scandale à l’odeur de sainteté
Dans le commun des transports
Le trio "amour gloire et beauté" séduit presque tout le monde
Surtout les mal baisés et les bien blasés
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mais tout allait bien
J’étais en détention provisoire d’une dose colossale de bonne humeur
En cavale sur le chemin sinueux de l’utopie
Et si la solitude ne maitrise pas toujours l’art de la consolation
C’est pas une raison pour sous-estimer le pouvoir du silence
Parfois, on trouve refuge dans le subterfuge
Les métaphores, ça va bien cinq minutes !
On ne sait plus apprécier les phrases limpides à leur juste valeur
Entre idées réversibles et envies irrépressibles, on entretient le
malentendu
On donne désordre
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Le rôle de la belle au bois dormant avait déjà été attribué
Restait celui de la poule mouillée – J’ai décliné
Je préfère avoir le cran de rire au nez de l’ordinaire
De piétiner les couilles des magouilles financières
De lutter à ma manière contre la fonte généralisée de l’empathie
Il n’y a pas de formule magique
Juste une sensibilité à entretenir coûte que coûte
C’est dire si on se trompe à vouloir toujours être plus solide
Et dans le doute, un sourire imbécile fera toujours l’affaire
Aller viens, on va faire l’humour
Dimanche 14 février 2016
L'humeur du dimanche : Passer de l'autre côté
envers et contre toute interdiction
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
On n’éteint pas le silence aussi facilement
Dans la pénombre, la tristesse contemporaine a une drôle de dégaine
Toujours les mêmes qui trinquent et là, je ne te parle pas des joies de
l’ivresse
Faut pas négliger l’importance de la perspective
On a parfois les yeux trop étroits pour mesurer l’horizon des possibles
Contrôle tes émotions
Ne te laisse pas parasiter le débit vocal
Boycotte la terreur
Nous ne sommes tous que des uns et des autres
Faudrait pas oublier la puissance de l’anonymat
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’absentais l’abstinence avec application
Le lyrisme n’est plus ce qu’il était
Mais l’innocence n’est pas toujours aussi tendre qu’on le croit
Il faut parfois prendre le torride par les cornes
Ma jouissance entre tes mains pourrait être inscrite au Guinness book
des records
J’enfouis les drames comme une marchandise de contrebande
A laquelle personne ne voudrait gouter
Je m’écrie entre les lignes
A quoi bon alléger les allégations pour préserver la ligne de conduite ?
Nous ne sommes que des vivants
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Le sommeil indiscipliné à tendance flou comme une mèche dans le vent
Et encore, s’il n’y avait que les cheveux à démêler, ce serait facile
Mais il y a tout le reste, récalcitrant au peigne et impossible à tondre
Ça mériterait presque une prime de risque nocturne
Mais là, on s’éloigne de l’approche subtile
Faudrait pas sous-estimer la fatigue organique
Non, je ne titube pas, je penche un peu, c’est tout
On nous suggère l’hypothèse de se dépasser
Mais je ne parviens même pas à m’atteindre
A m’éteindre
A m’étreindre
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’avais les humeurs crépusculaires
Des sentiments roses comme l’aube
Un peu paumée entre bonnes idées et mauvaises intentions
Non, je ne suis pas perdue, je fais juste des détours
J’escalade la nuit à mains nues
Et tant pis si je tombe avec elle demain
Faut jamais interrompre un geste sur sa lancée
De toute manière, j’ai la prestance d’une bataille perdue d’avance
Le gémissement furtif du plaisir expérimental
La terreur contemplative d’une pénombre qui dévore
C’est sûr, je ne ferai pas de vieux os, inutile de s'inquiéter
C'est le moment de commander chez Lulu
Et on
peut en profiter pour se procurer la chouette compilation d'auteures
présente dans le
M.T. & Compagnie. Avec le code FEBSHIP (en majuscules) les frais
de port son gratuits. Ce serait dommage de s'en priver.
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’écoutais les traumas chercher une issue de secours
L’appétit de vivre qui se mettait une fois de plus à balbutier
On hésite parfois entre lobotomie et sales manies
Devenir une machine molle
Oublier que l’ennemi est à l’intérieur
Faudrait briser le sortilège
Tenter de se désapprendre sans désamour
Refaire la balance des blancs et se fixer des objectifs grand angle
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je faisais des bouquets d’heures avant qu’elles fanent
Trempais le pied des fleurs coupées dans un vase d’alcool
Avec mes bras, tu vois, je peux faire le tour de la terre
Je balaie les zones poussiéreuses, je me barricade l’hippocampe
Et qu’on vienne pas me faire chier avec la responsabilité matérielle de
mon corps
Ceci est mon rêve, mange-le tant qu’il est encore chaud
Demain, c’est la collecte des encombrants
Sois gentil, dépose-moi sur le trottoir en sortant
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je ne bougeais pas
J’en foutais plein la vue au matelas avec mon minimalisme
Chacun ses méthodes d’intimidation
Faut démystifier le romantisme de l’insomnie
C’est juste une lutte un peu vaine entre soi et le néant
On parle rarement du mouvement lancinant des idées fixes
J’escalade l’escapade nocturne
Faut laisser de la place à l’imaginaire
Ça limite les écorchures
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Il aurait fallu tes doigts posés là, pour éteindre mes paupières
J’ai attendu des heures que rien ne se passe comme prévu
La docilité, je t’assure, c’est loin d’être une qualité
Je m’arrime aux détails pour contrer la dérive
Je piétine la pénombre
J’attendris la tempête
La nuit, c’est comme le reste, ça ne dure pas éternellement
Le ciel commence déjà à s’éclaircir la voix
Je me demande ce qu’il aura à me dire, aujourd’hui
Dimanche 7 février 2016
L'humeur du dimanche : "We drank and smoked and talked until the dawn"
"Oh, sing a song of joy
Sweet childhood, never desert me
Time for celebration, oh!
Overcome with a sense of elation
I'll never let you get to me
Survival is my victory
Time for celebration, oh!
Overcome with a sense of elation"
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et c’est pas ce monde merdique qui me gâchait le sommeil
On fait ce qu’on peut chacun dans son coin pour lutter contre la
gangrène
On pléonasme à tour de bras, on s’œillère la pensée
L’économie, c’est pas une crise, tu sais
Juste une puberté monétaire, les hormones à fleur de bourse
Et ceux qui tiennent les cordons ne pensent qu’à baiser leur prochain
En gueulant cyniquement « Aimons-nous les uns les autres »
Les chefs de meute et leur grande gueule
Et nous, comme un seul homme, on courbe l’échine
Elle a bon dos, la politesse !
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’avais le paradoxe anxieux à son paroxysme
Cette sale manie d’horodater l’hérédité
Est-ce qu’il existe des remèdes efficaces contre l’atavisme ?
Entre le tabagisme passif et la passivité tabagique
J’ai choisi mon camp
Je calibre le discours
Pas un mot plus haut que l’autre
L’imposture est une stratégie comme une autre
Quand être soi devient insupportable
De toute manière, je suis pas là pour
longtemps
Vendredi 5 février 2016
De
la revue et de la bonne
Du
classe qui caresse pas dans le sens du poil, et ça tombe bien...
Le
deuxième numéro de Realpoetic, avec encore un édito à ne manquer sous
aucun prétexte, trois auteurs, deux chroniques impec' le tout servi en
vers du début à la fin, eh ouais !
Freak
Wave, la revue "subversive et mysanthrope" sort son sixième numéro,
toujours aussi sombre et classieuse, on ne s'en lasse pas !
Jeudi 4 février 2016
Lame
de fond aux éditions La Boucherie Littéraire
4ème de couverture
En filigrane d'un voyage imaginé, un personnage pas tout à fait
imaginaire. Un vieil homme disparu un peu trop brutalement.
Un phare qui s’éteint, c’est la rive qui disparaît.
Il faut alors faire face à la tempête en solitaire, redessiner
le paysage, sauver les souvenirs de la noyade, réinventer
l’absent, reconstruire la lumière.
Extrait
Tu es quelque part, du côté de l’invisible, et ta chaleur
traverse la vaste épaisseur de brouillard qui nous sépare. Je
pense à ces liens qu’on noue les uns avec les autres. Peut-être
pour s’arrimer au monde, à la vie, au réel. Pour dompter l’envie
de prendre le large. Affronter le ressac des douleurs. Avancer.
Jusqu’à la prochaine plage, la prochaine île. Et si le sable
n’existe pas, je l’inventerai.
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Un doigt divin m’avait sans doute mise en veille prolongée
Vertueux versus virtuel, le glissement s’opère en silence
Souvent, tout part d’une hypothèse
La réalité est une fiction comme une autre
Les choses de la vie c’est comme les nœuds :
Toujours plus facile à faire qu’à défaire
Il en faut du temps pour inventer une fin qui mérite une suite
Bien sûr qu’on peut esthétiser la souffrance
Ils savent très bien faire ça à la télé
Une histoire d’éclairage et d’agencement des maux
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mes petits matins ont parfois une gueule de fin de soirée bien arrosée
Mais ça fait pas pousser grand-chose
On dit qu’on tourne en rond
C’est pas pour rien qu’on a une tête en forme de bocal à poissons
Il y a des instants de lucidité extrême
Encore plus puissants que l’opinion publique et la science des
statistiques
Pas besoin d’en rajouter, je sais que je suis là en intérim
La vérité est une ligne droite suspendue un peu trop haut
Et je ne suis pas funambule, j’ai le vertige
Si j’avais su, j’aurais laissé maman m’empêcher de venir au monde
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Non, je ne me plains pas, je constate
Il y a des moments où il faut savoir laisser la parole au silence
Souvent, je suis immobile, j’intériorise l’exil
Je prends de l’élan pour la chute
Quand on ne sait pas ce qu’on cherche
Il faut une certaine dose de confiance pour espérer qu’on va trouver
Chacun sa coquetterie
Je mascarade mon regard pour y ajouter un peu de profondeur
Non, je ne me maquille pas, je travaille à mon identité visuelle
Je laisse le temps s’appliquer à l’élégance de mes rides
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
C’était pourtant pas faute d’essayer
Apparemment, il n’y a pas que l’intention qui compte
Le ratio entre prose et poésie est rarement respecté à la une des
journaux
Le vers est dans le fruit, c’est bien ça le problème
Et il y a belle lurette qu’il ne fait plus recette
Un vers, ça va (J’en reprendrais un deuxième s’il vous plaît)
Est-ce que se tenir face à un miroir aide à ne pas se perdre de vue ?
Et si nous n’étions tous que des malentendus ?
Et si on osait enfin devenir ponctuellement imprévisible ?
Il est temps de diffuser nos envies en temps irréel
Dimanche 31 mars 2016
L'humeur du dimanche : De l'élasticité des nuits sans sommeil
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’essayais de focaliser sur l’important
La dimension épique du quotidien
C’était pas le moment de fermer les yeux
Le monde tourne, moi aussi parfois
Les toupies ont quelque chose de fascinant
Moi, très rarement
Faudrait apprendre à vivre juste un jour à la fois
On n’est pas là pour se laisser acculer
Le pire ne cesse jamais de s’améliorer
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
C’était pas compliqué de rester invisible
Mais j’aspirais surtout à devenir indivisible
Faire disparaître le réel sous les mots
Me transformer en personnage de fiction
Dans un roman à ne pas mettre entre toutes les mains
Oui, je manque sans doute d’ambition
L’histoire sans fin c’est comme le mouvement perpétuel
Un petit jeu à la con pour se faire croire à l’éternité
Faut arrêter un peu de crucifier les étoiles
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mais ce n’était plus un problème
Parfois, on fait une montagne de pas grand chose
Les accros dans les accords tacites et les dialogues de sourds
Elle n’ira pas loin, cette histoire de nuits blanches
De toute manière l’important, c’est pas la distance, c’est la
trajectoire
Et puis il y a les copains d’avant qui voudraient bien devenir
les plans cul de maintenant
Non, je t’assure, l’infidélité n’est pas contagieuse
Non, promis, je n’ébruiterai pas l’affaire
Je suis une nuisance sonore seulement quand je dors
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je goutais la volupté d’une tasse de solitude bien infusée
Et j’ai pensé à
Katie «
allumant ses démons en flambées illusoires » En cas d’incendie, utilisez les issues de secours Ça m’a semblé le bon moment pour contredire Eluard :
Il n’y a pas de rendez-vous, il n’y a que des hasards
Est-ce qu’on abuse de la théorie de la rhétorique ?
Parfois, je suis envie
Je mords délicatement dans le gout des autres
Il n’y a pas d’immunité, juste de la chimie
L’éternité devient soluble dans l’instant
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mais fondamentalement, j’allais bien mentalement
On peut même dire que je gagnais en légèreté
A disperser l’essentiel des promesses inutiles
A étirer les heures jusqu’au point de rupture
Le problème, c’est pas la taille de la cible, c’est la distance
Les distances de sécurité et les moutons bien gardés
On devrait toujours miser sur les classiques quand on vise le succès
Le citoyen deux point zéro est virtuellement parfait
Mais globalement con
De toute manière, il ne reste plus grand-chose à sanctifier
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Système solaire, système nerveux, l’apesanteur c’est délicieux
En orbite de moi-même, ça tournait rond
Il y a toujours moyen de minimiser les dégâts
Même quand on a l’éveil des sens interdit
« Faites demi-tour dès que possible »
Je suis rarement celle qui part
Mais je me laisse quitter facilement, tu verras
Est-ce qu’on touche des indemnités pour perte de sensualité ?
J’ai beau feuilleter des catalogues de vies idéales pour retrouver
l’appétit
Les colorants artificiels ne me font ni chaud ni froid
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mais je suis restée là, dans les entrailles tièdes du lit
La solitude n’avait rien d’effrayant
J’aurais pu être flattée de savoir que tu te branles en pensant à moi
Chacun sa manière de nuire à l’ennui
On dégage l’horizon à la pelle
On essaie d’éclipser la lune sans en avoir tout à fait l’envergure
Mon rythme est un peu cardiaque, faut pas me brusquer
Je ne voudrais pas être victime d’un infarctus du mieux-faire
Il m’arrive même de finir le mois avec quelques jours de retard
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et c’était peut-être juste une invitation à inventer
Une imitation de limite
Mais je suis déjà revenue du point de non-retour
Alors je peux croire à l’impossible
C’est juste l’ambition qui fait parfois défaut
Se contenter de l’inutile est tellement plus facile
Un jour ou l’autre, faut payer l’addition
Relativiser la valeur ajoutée de l’idée qu’on se fait de l’amour
Se poser les questions essentielles : Peut-on vraiment être trop humain
?
Dimanche 24 janvier 2016
L'humeur du dimanche : Fragile
[Photo Juan Ford]
Samedi 23 janvier 2016
Dis-moi qui est la plus belle
Les tensions
Les pressions
Les attractions
entre les êtres
Ça rime à quoi ?
On a déjà bien assez de mal avec soi
Même si on se force
Même si on s’efforce
De faire bonne figure
De sourire face au miroir
du regard des autres
Toujours un peu moins froid qu’un reflet
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et ton absence avait quelque chose d’étouffant
L’important c’est d’avoir des objectifs clairs
D’adapter l’offre à la demande
D’apprendre à chuchoter la colère
C’est pas le bruit qui compte, c’est la musique
Non, ne dit rien, je préfère le silence à la voix de la raison
Le paysage ne se trompe jamais
C’est quand on tire un trait sur l’horizon que les choses se gâtent
De toute manière, notre seul futur, c’est le présent
Faut arrêter un peu d’être exigeant
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Il y avait des sourires plein les musées de cire
Des sourires comme ça, qui ressemblent un peu à des grimaces
Un peu plus d’indifférence ne fera pas beaucoup de différence
Si on prend la vie de plain-pied, ça évite de tomber de haut
Et tant pis si les rouages de la machine à rêver sont grippés
J’ai l’ambition démesurée de ne jamais aller trop loin
Mets pas tes doigts dans mes fêlures, ça les empêche de cicatriser
Parfois on ne sait plus trop où commence le plaisir, où finit la douleur
A moins que ce ne soit le contraire ?
Passé un certain âge, on se fait de moins en moins à l’idée de subir
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Il a fallu rassurer l’oreiller
Sa douceur ne pouvait rien à mes yeux trop ouverts
C’est l’époque qui veut ça
Oui, je sais, le contexte a bon dos
Parfois, il n’y a rien à taire
Rien à avouer non plus
Transformer l’immobile en mobile valable
Renverser le cours des choses
Je prends mon temps, c’est comme l’argent
Je peux dépenser celui que je n’ai pas
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mes pensées étaient partie faire le tour du monde sans moi
J’ai jamais réussi à traverser les murs ni à franchir le pas
Ce qui arrive n’arrive jamais vraiment
Le virtuel ça a parfois du bon
« Contactez-nous »
On ne manque pas de possibilité de dire non
J’invente pas, j’improvise, je m’adapte aux irrégularités de terrain
Oui, il m’arrive d’être cette personne pénible
Mais c’est pas la peine de spéculer sur l’avenir
Avec la chance qu’on a, on finira bien par se faire enc…
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et le silence enrageait
Quelqu’un sait où échouent tous les mots qu’on ne dit pas ?
Quelqu’un pourrait me donner le mode d’emploi de la sérénité ?
Un cours de rattrapage ?
Le canon sur la tempe, « Sois heureux, bordel ! » Happiness is a putain de warm gun
Parfois c’est pas de l’ambivalence, juste une colère délavée
C’est toujours un peu décevant de s’exprimer
Avec l’espoir de rester incompris
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Les aiguilles continuaient de tourner
J’éludais le crépuscule
Bien sûr, parfois je prends part à la réalité
Je bois du thé dans un gobelet en carton
Je traverse la rue sans regarder
Je me laisse marcher sur les pieds
Parfois, c’est pas le dérèglement climatique
Ni la crise économique
C’est juste la vulnérabilité qui déborde de l’armure
Mardi 19 janvier 2016
J’emmerde les fragments de sentiments [new]
Quand on est en morceaux, c’est plus facile
de ne pas se laisser briser de nouveau
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Coincée dans la file d’attente d’un marchand de sable débordé
Victime de son succès
Ici comme ailleurs, je me sens souvent seule, rarement unique
Pourtant, si je faisais un effort, mes cheveux accrocheraient la lumière
Je pourrais devenir brillante
Ce jeu futile de séduction
Quand tout ce qu’on veut c’est être aimé pour ce qu’on ne montre pas
On parle de déchirure ou d’accroc
La relation amoureuse comme un morceau de tissu
L’obsolescence programmée des sentiments
Les réflexes conditionnés
Les petits calculs mal additionnés
Non, je t’assure, il n’y a pas que le résultat qui compte
Un orgasme est si vite oublié
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Le ciel était d’une pureté improbable
On ne force pas les nuages
On n’oblige pas la neige à tomber pour effacer les traces
Pas facile de trouver la frontière entre injonction et suggestion
Entre confusion et profusion des sentiments
Je crois que le littoral n’a pas le moral
Et moi, j’ai les poches pleines de trucs qui n’intéressent pas les
pickpockets
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Mais le ciel n’est pas tombé
J’écoutais les nuages raconter ce qui nous file entre les doigts
Tenter de deviner ce qui va survenir L’épisode pluvieux débutera en fin de matinée
Le flou inconsistant des sentiments m’exaspère
Les déflagrations silencieuses
Je n’admire ni la force ni la beauté
Viens, on va prendre un petit bain de cruauté
Le problème, c’est pas les gens ordinaires
C’est les armes qu’on leur met entre les mains
Et les rêves de puissance qu’ils sont prêts à gober
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et je me suis dit, You’re not alone
On est quelques-uns, c’est certain
Une bande de va-nu-pieds dans un monde tesson de bouteilles
Et c’est pas par amour d’un accident du travail bien fait
Moi aussi je voudrais un chien stupide
Une compagnie pétrolière à faire flamber
Une fausse pudeur à dégainer
La possibilité de dégoupiller, désolidariser la tête du corps
Une liste d’effets secondaires
De la matière première à modeler
Un champ des possibles à labourer pour mes vieux jours
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Tout ce temps libre à ne rien faire
Ça me donnait l’impression d’avoir un billet aller-retour pour nulle
part
Faut surtout pas croire que la vie peut cesser de te surprendre
La voisine du dessus est rentrée vers trois heures du mat’
Perchée sur des talons aiguille
Un échassier gracieux mais con
Oui, je sais, moi aussi je suis un drôle d’oiseau
On dit « Vivre en marge »
Mais dans mes cahiers d’écolier, la marge servait à corriger les erreurs
Il m’arrive d’avoir des angoisses douces, du genre qui aident à
progresser
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et j’ai pensé à la vaste étendue de liberté dans laquelle je me taisais
Le silence est une prison comme une autre
Qui ne dit mot consent
Souvent, je ferme ma gueule en pensant que ce sera plus simple
Je ne suis pourtant pas un animal si domestique que ça
Il y a une vie après la nuit, l’histoire n’est pas finie
Il nous reste quelques mots à dire
Les envies de laisser ma peau entre tes mains ne sont pas raisonnables
On dit « Avoir la tête sur les épaules »
Mais le cœur, dans tout ça, on en fait quoi ?
Ma dernière petite
chronique musique à lire chez
Casbah Recordà propos du dernier EP d'un des portes-drapeau du
mouvement
anti-folk, Jeffrey Lewis.
Je t’emmène aux
States. Pas besoin de valise, c’est du voyage sonore – première classe,
tout confort. Affale-toi sur le sofa, ferme les yeux, gratte là où ça
gratte, oublie la vaisselle et laisse-toi caresser le tympan. Direction
Manhattan, septième album du New-Yorkais Jeffrey Lewis
accompagné ici de Los Bolts. Première escale en douceur, ambiance Velvet
Underground avec « Scowling crackhead Ian ». Mais le voyage te réserve
des bien des surprises, tu vas voir. [Pour lire la chronique complète,
clique sur le
rhino]
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et j’ai perdu la tête
J’ai perdu le fil de mes pensées
J’ai perdu la notion du temps
J’ai perdu l’envie de lutter
Quand le jour s’est levé, je me suis couchée
C’est pas grave, tu sais
On peut baisser les bras en gardant la tête haute
Et si on s’aimait les jours ouvrables, les jours impairs, les jours
pluvieux ?
Le reste du temps, laisse moi t’oublier dans les bras de la solitude
Elle aussi, elle sait me faire du bien
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’écoutais le bruit du temps qui coule
Une fuite quelque part, impossible à colmater
Parfois j’ai l’impression étrange de savoir exactement où je vais
Dominants et dominés, ils me font marrer
Les héros ne sont pas toujours ceux que l'on croit
Tu peux chercher à m’apprivoiser, mais n’essaie pas de me dompter
De toute manière, ce qui te plait, c’est mon côté insaisissable
Les grands esprits se rencontrent parfois, ils baisent rarement
Le matin, j’habille mes humeurs par pudeur et
comme tout le monde, je descends les poubelles
Lundi 11 janvier 2016
Métèque
Voilà, le cinquième
et dernier numéro de Métèque vient de sortir... Une belle aventure qui
prend fin mais se poursuivra ailleurs, autrement, sans doute. Et en
attendant, on peut se procurer cet incontournable, fort et bel objet
ICI.
Trier
le linge
Trier clair-couleurs-foncé
Trier les idées noires-bleues-rouges
les pensées fragiles
les espoirs tâchés
Laver
plier
ranger
Chaque chose à sa place
Se rassurer comme on peut
en plongeant tête la première
dans les petits gestes du quotidien
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Je cherchais la faille
La fissure dans le murmure des étoiles
Si j’avais la télé, je pourrais entendre des voix
Mais j’ai l’écrit strident
Je prèfère la Baie des Trépassés à la Baie des Anges
Chacun son ciel
Le septième est surfait
La mort est tellement plus populaire que la vie
Comment t’explique ça, toi ?
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
J’imaginais écrire des poèmes en braille sur tes lèvres
(avec ma langue)
Les temps sont durs pour les rêveurs, surtout ceux qui restent éveillés
Prends soin du toit, c’est tout ce qu’il reste entre le ciel et nous
J’auto-reverse les sentiments. Face B, toi de dos.
Et qui marche à l’envers ?
Qui de nous deux s’en va, au juste ?
Je pars pour mieux te laisser me quitter
Donner c’est donner, reprendre, c’est s’envoler
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
C’était la faute à tout ce boucan
La cavalcade d’un bruit qui court
Une trainée de poudre
Une allumette
S’enflammer est un remède efficace contre la mélancolie
Matin, midi et soir
Ne pas dépasser la dose indiquée
Je dis je, mais c’est de vous dont je parle à travers moi
L’envers, c’est les autres
L’enfer du décor
Ma peau retournée
Les sens dessus dessous
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et ce putain d’état de veille, j’en voyais pas la fin
Au bout du bout il n’y a rien, je le sais bien
Ou alors, tout au plus, une chute d’os
Tout baigne, reste plus qu’à apprendre à nager
J’ai jamais compris ce besoin de faire son trou
On ne creuse pas vraiment, on s’enfonce
De toute façon, la vie c’est un sable émouvant
Dimanche 3 janvier 2016
L'humeur du dimanche : Continuer de rêver
[- Etes-vous un idiot?
- Non Monsieur, je suis un rêveur.]
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Et il n’y a eu aucun bruit, juste le silence à sculpter
Y a des nuits comme ça
C’est pas qu’on s’habitue, c'est pas qu’on se résigne, non
On résiste d’une autre manière
Sans violence et sans somnifère
Mon corps, je lui fous la paix, il a déjà suffisamment morflé
Les nuits tombent et les jours se ramassent
Pas de service après-vente, on recolle les morceaux
Et si je montre parfois les dents, c’est pas de l’agressivité
Juste de la légitime défense préventive
Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
C’était le parfait timing pour écrire le livre dont je suis le héros
L’imagination, c’est précieux
Mais après, tu aurais pensé quoi ?
Les mensonges, ça n’a rien à voir, tu sais
J’ai juste besoin de rêver un peu
D’inventer d’un escalier pour remonter dans ma propre estime
Tellement de règles (je te parle même pas des exceptions)
Cette prison dans ma tête, je l’ai construite sans l’aide de personne
La paranoïa, c’est comme dieu, j’y crois pas vraiment
Mais on a tous nos petits moments de faiblesse